Viva l’opéra – Top 10 des plus beaux duos du monde lyrique

Viva l’opéra – Top 10 des plus beaux duos du monde lyrique

L’opéra est un art total qui combine jeu théâtral, musique, mise en avant de la voix, de la danse, pour raconter une histoire. Comme pour la musique de film, l’orchestration de l’opéra est là pour souligner, mettre en valeur l’action, les émotions des personnages. Elle est un parfait complément du chant.

Dans un opéra, le spectateur attend les grands airs solos des protagonistes principaux, où ils peuvent mettre à nu leurs passions, leurs sentiments (amour, jalousie). L’opéra transcende les sentiments humains bien plus que dans la vraie vie, mais c’est ce qui fait tout son charme. On prend vite plaisir à voir le héros déclarer sa flamme à sa promise !

On a tous un air d’opéra en tête, qui nous a ému, marqué. Et pourtant, les duos ne sont pas en reste également, car, à la différence du théâtre, l’opéra a cet avantage de pouvoir faire « parler » plusieurs personnages en même temps, dans une parfaite harmonie, grâce à la musique.

Voici donc une sélection de 10 duos d’opéras faisant partie de mes favoris :

10) Barcarolle (Les Contes d’Hoffmann) – Jacques Offenbach

La barcarolle était le chant des gondoliers vénitiens. La rythmique de ces morceaux évoque le mouvement de la barque sur l’eau.

À l’origine, elle fut composée pour un autre opéra fantastique : Les Fées du Rhin (1864) qui n’avait pas eu de succès (jugé trop sérieux par ses auditeurs, alors qu’Offenbach était réputé pour être un compositeur de musique d’opérette, musique légère et drôle).

L’opéra retrace la vie amoureuse d’un homme à travers 3 mésaventures amoureuses : Olympia (une poupée mécanique), Antonia foudroyée par la maladie sur les mauvais conseils d’un médecin charlatan. Au 3ème acte, il fait la rencontre de Giulietta qui veut son âme en échange d’un magnifique bijou. C’est au début de cet acte qu’on entend cette barcarolle.

9) Son nata a lagrimar (Giulio Cesare) – Georg Friedrich Haendel

Duo déchirant entre une Cornelia et son fils Sextus, dont Pompée, respectivement mari et père, vient d’être assassiné par Ptolémée, Roi d’Egypte. Celui-ci voulant plaire à César (le défunt étant un rival de César) tue Pompée et offre sa tête à César. Alors qu’une paix allait être instaurée entre les 2 rivaux, César jure vengeance pour cet acte. Sextus décide de défier Ptolémée, mais est arrêté par la garde royale. Avant son incarcération, sa mère est autorisée à revoir son fils une dernière fois.

Giulio Cesare est l’opéra italien d’Haendel le plus joué sur les scènes actuelles.

8) Au fond du Temple Saint (Les Pêcheurs de Perles) – Georges Bizet

L’action se déroule sur l’île de Ceylan (actuel Sri-Lanka), et met en scène l’amitié entre 2 hommes (Nadir et Zurga) mis à mal par l’amour pour la même femme, elle-même prise entre son amour pour Nadir et ses vœux de prêtresse brahmane. Le duo exprime la loyauté entre les 2 amis qui renoncent officiellement à cet amour.

La 1ère de l’opéra a lieu le 30 septembre 1863 au Théâtre-Lyrique de Paris. À cette époque, Bizet était encore un compositeur peu connu, et fut approché par Léon Carvalho, directeur du Théâtre Lyrique, par l’intermédiaire de Jules Barbier et Michel Carré, librettistes de son précédent opéra. Si le public est réceptif à l’œuvre, les critiques se montrent bien plus hostiles, pointant du doigt une histoire aux mécanismes dramatiques déjà vus et revus : triangle amoureux, trahison d’une prêtresse que l’on retrouve entre autres dans Norma de Bellini.

7) Mira o Norma (Norma) – Vincenzo Bellini

Difficile aujourd’hui de s’imaginer que le 26 décembre 1831, la première de Norma à la Scala de Milan, fut un fiasco total. Reconnu comme un des sommets de l’art lyrique, le rôle de Norma est aussi l’un des plus difficiles, et requiert non seulement une parfaite technique lyrique, mais également des qualités de tragédienne.

Norma souhaite confier ses enfants à sa rivale Adalgisa, afin qu’elle parte rejoindre Pollione, père des enfants, autrefois lié à un amour interdit à Norma, avant de l’abandonner. Adalgisa refuse cet acte, et promet à Norma de convaincre Pollione de revenir vers la prêtresse, et abandonne ses rêves d’amour pour Pollione. Les 2 femmes se promettent une amitié fidèle et éternelle.

6) Duo des fleurs (Lakmé) – Léo Delibes

Un des airs les plus célèbres de la musique classique. Ce duo entendu dans le premier acte de l’opéra mêle la voix de Lakmé, fille d’un prêtre brahmane et Malika, sa domestique. Les deux voix créent une magnifique harmonie, alors qu’elles cueillent des fleurs au bord de l’eau, pour orner leur temple. Sur le chemin du retour, elles feront la connaissance de Gérald, officier britannique dont Lakmé tombera follement amoureuse.

Dès sa création en 1883 à l’Opéra-Comique de Paris, l’opéra rencontre un vif succès et a été joué plus de 1500 fois dans cette salle depuis. L’histoire se passe en Inde pendant la colonisation britannique. La fascination pour l’Orient date du 18ème siècle, mais l’intérêt pour l’Inde et ses alentours est plus récent (19ème siècle), époque où le pays commence à avoir des relations avec l’Europe. Cet attrait pour cette région ouvre les voies de l’imaginaire.

5) Parle-moi de ma mère (Carmen) – Georges Bizet

12 ans après Les Pêcheurs de Perles, Bizet nous livre son opéra le plus connu, l’un des plus joués dans le monde, mais surtout opéra du scandale. Carmen naquit en 1847, sous la plume de Prosper Mérimée. Le public est choqué lorsqu’il découvre cette œuvre. Habitué des histoires qui se terminent bien, l’opéra de Bizet est complètement à contre-courant et le public bourgeois de l’Opéra-Comique assiste au meurtre d’une femme par son amant jaloux, chose invraisemblable pour cet établissement. Le compositeur décédera 3 mois après la grande première.

Dans ce duo de l’acte 1, Micaëla promise à Don José vient apporter à ce dernier, une lettre écrite par sa mère, et un baiser transmis par le biais de Micaëla. Un moment d’une grande tendresse où Don José se remémore des souvenirs de sa mère et de son village.

4) Si Vendetta (Rigoletto) – Giuseppe Verdi

Opéra créé en 1851 à Venise, d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo. L’œuvre de ce dernier avait connu la censure, tout comme celle de Verdi, jugée immorale et vulgaire. L’opéra est le premier volet de la « Trilogie populaire », complétée avec Le Trouvère et La Traviata. Novatrice dans sa forme, Verdi délaisse les structures traditionnelles au profit d’une plus grande continuité musicale, annonciatrice de ses derniers opéras. Les duos forment le corps de l’opéra, et la thématique de la relation père/fille est au centre de l’intrigue (les relations parents/enfants sont essentielles chez Verdi).

Dans ce duo, Rigoletto jure de se venger du duc de Mantoue qui avait enlevé sa fille. Après avoir pleuré ensemble, ils voient passer un convoi emmenant le comte Monterone en prison, arrêté dans le premier acte, après avoir dénoncé les mœurs du duc et jeté une malédiction sur lui et Rigoletto qui s’était moqué de lui. Rigoletto promet tout de même d’accomplir la vengeance, malgré les supplications de sa fille Gilda.

3) Non mi tentar (Pagliacci) – Ruggero Leoncavallo

2) No, no Turridu (Cavalleria Rusticana) – Pietro Mascagni

Depuis 1895, après une décision du Metropolitan Opera de New-York, ces deux opéras sont joués ensemble, les 2 œuvres étant trop courtes pour pouvoir faire une soirée. Composées à 2 années d’intervalle, elles présentent d’évidentes similitudes, à commencer par le contexte dans lequel se passent les actions : des terres de paysans, où l’honneur est légion.

Mais elles sont surtout reconnues pour être les fers de lance d’un genre nouveau : le vérisme musical, puisant ses origines dans la littérature italienne de la fin du 19ème siècle. Ici, il n’est plus question de sujets mythologiques, ou mettant en scène des nobles, mais plutôt des moments de vie quotidienne, portés par des personnages généralement pauvres (une troupe de comédiens ambulants pour Pagliacci, et des paysans siciliens pour Cavalleria Rusticana). La manière d’interpréter la musique y est plus brute, on ressent l’émotion de manière plus vive.

Le Prologue de Pagliacci est le parfait reflet de ce style, et le personnage de Tonio nous annonce que l’on va assister à une « tranche de vie ». Nul question d’artifices, les personnages sont de chair et de sang. L’auteur nous fait croire que l’on assiste à quelque chose de réel. Les deux œuvres sont basées sur des faits violents, même mortels, dont les actions se déroulent dans la même région du sud de l’Italie.

Le premier duo est celui de Nedda, femme du chef de la troupe de saltimbanques, et Silvio, un villageois et amant de la jeune femme. Celui-ci conjure sa bien-aimée de fuir avec lui, mais ils sont surpris par Tonio, amoureux de Nedda qui l’a humilié et jure vengeance.

Pour le duo de Cavalleria Rusticana, c’est le chant du désespoir, de l’amour blessé. Santuzza, femme pieuse, amoureuse de Turridu, est au courant que celui-ci la trompe avec Lola, son ancienne amante. N’obtenant que des mensonges de la part de Turridu, elle finit par lui barrer la route, pour éviter qu’il ne parte rejoindre Lola, mais Turridu se dégage de l’étreinte de Santuzza, qui lui jette une malédiction.

1) O sink hernieder, Nacht der Liebe (Tristan und Isolde) – Richard Wagner

Le duo le plus long de l’histoire de la musique ! Près de 45 minutes (près de la moitié du 2ème acte). 45 minutes de passion absolue où les deux amants se jurent d’assouvir leur amour dans la mort. Les deux thèmes sont intimement liés, et ce dès le premier acte, où Isolde voulait se venger de la mort de son fiancé, tué par Tristan, en le tuant à son tour, mais ne peut s’y résoudre.

Œuvre totale, qui unit histoire, drame, musique et mise en scène, Wagner écrit le livret de son opéra, et prend quelques libertés sur l’importance du philtre. Dans l’histoire originelle, la passion des deux personnages est la résultante de l’utilisation de ce philtre, mais dans l’œuvre de Wagner, les 2 s’aiment déjà, mais leur amour est contrarié par la réalité de la situation. Isole est partagée entre son amour et sa haine pour Tristan, assassin de son fiancé. Ils décident de s’unir dans la mort en buvant un philtre de mort. Mais la servante d’Isolde inverse les flacons, et c’est un élixir d’amour qui leur permettra d’extérioriser enfin leur passion qui devient totale, extatique. Voici un extrait de ce grand et magnifique duo :

Le monde de l’opéra regorge de magnifiques duos, et cette liste est purement subjective. Elle n’est que la simple expression de ma sensibilité à la musique. Et vous, quels sont vos duos préférés ? Partagez vos coups de cœur en commentaires et à très vite pour de nouvelles sélections musicales.



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Tu as mis deux fois Bizet 🥰🥰🥰