Mon Top 10 des plus beaux chœurs d’opéra

Mon Top 10 des plus beaux chœurs d’opéra

Il y a quelques semaines de cela, je vous avais fait part de ma sélection des 10 plus beaux duos d’opéra. Aujourd’hui, je vous propose ma sélection des 10 plus beaux airs chantés par des chœurs. L’utilisation de ces derniers a beaucoup évolué au fil des siècles : il peuvent être commentateurs de l’action, ou bien être acteurs à part entière de celle-ci, et avoir un rôle important dans le déroulé de l’intrigue. Chœurs de fête, guerriers, suppliants, patriotiques…, leurs rôles sont nombreux et leurs formes variables.

Voici donc mon top 10 des plus beaux moments de chœurs d’opéra :

10) La cloche a sonné – Chœur des Cigarières (Carmen) – Georges Bizet

Nous sommes au 1er acte, sur une place de Séville, entre la caserne des Dragons d’Alcala et une manufacture de tabac. Le capitaine Zuniga, nouveau dans la région, demande à Don José ce qu’est le grand bâtiment sur la place. Il lui répond qu’il s’agit d’une manufacture de tabac n’employant que des femmes. Il ignore si elles sont jolies, car ce sont des Andalouses. En tant que Navarrais, il ne veut pas croiser leur regard. La cloche vient de sonner, c’est l’heure de la pause et les cigarières sortent. Elles font l’éloge de la fumée de cigarette. Un chœur enivrant, et planant dont la musique retranscrit parfaitement cette sensation de flotter avec la fumée. Il précède aussi le plus célèbre air de l’opéra : la Habanera de Carmen, L’amour est un oiseau rebelle.

9) Chœur des patrouilles (La Périchole) – Jacques Offenbach

En 1868, Offenbach attèle ses librettistes Henri Meilhac et Ludovic Halévy à la rédaction de La Périchole, d’après Le Carosse du Saint-Sacrement de Prosper Mérimée, publié en 1828. Le personnage principal, une comédienne et courtisane péruvienne, du nom de Camila Périchole, devient une chanteuse des rues. Derrière la fiction, se cache une personnalité historique : Micaëla Villegas, actrice et maîtresse du vice-roi du Pérou. Un jour, après une querelle, celui-ci l’aurait traitée de « Perra chola » (« chienne indigène »).

La première version ne comportait que 2 actes, et fut créée au Théâtre des Variétés. L’œuvre est retirée en janvier 1869, après 76 représentations (le plus grand échec d’Offenbach). Elle revient en 1874, dans une version remaniée en 3 actes et 4 tableaux.

Nous sommes dans le 2ème tableau de l’Acte 3. Après que Piquillo, chanteur des rues et La Périchole, aient été enfermés en prison par le Vice-Roi dans l’acte précédent, ils se sont enfuis grâce à un prisonnier. Ils se réfugient tous les trois au Cabaret des Trois Cousines. S’apercevant que des patrouilles sont à leur recherche, ils décident de fuir.

Un morceau à la fois martial, plein de légèreté et d’humour, propres à la musique d’Offenbach.

8) Forêts Paisibles (Les Indes Galantes) – Jean-Philippe Rameau

Les Indes Galantes, est le premier opéra-ballet de Rameau, composé en 1735. Lors de sa création, il comportait un Prologue et 3 entrées (ou actes), et une 4ème fut ajoutée l’année suivante. L’action se situe dans des Indes différentes à chaque entrée : la Turquie, le Pérou, la Perse et l’Amérique du Nord.

C’est dans cette « Inde » que se situe l’action de la 4ème entrée, dont est extrait le chœur présent. Nous sommes au cœur d’une forêt. Les Indiens viennent de perdre une bataille face aux troupes franco-espagnoles. Alors qu’un traité de paix s’apprête à être conclu, le Français Damon et l’Espagnol Don Alvar se disputent le cœur de Zima, fille d’un chef Indien. Zima refuse les avances des 2 (l’un est volage, l’autre trop jaloux et exclusif), et se tourne vers Adario, le chef Indien.

L’extrait se divise en 2 sections : le Grand Calumet de la Paix, danse instrumentale, où la musique est une reprise d’une pièce pour clavecin de 1728, également appelée Les Sauvages. Vient ensuite le chœur « Forêts Paisibles ».

Cette pièce est ce qu’on appelle un Rondeau (forme basée sur l’alternance entre une partie récurrente et des couplets contrastants). On ressent à travers ce chœur, tout le grandiose de la musique, de la danse, des décors, comme à l’époque.

7) Chœur des Pèlerins (Tannhäuser) – Richard Wagner

Ce monument opératique, signé par un Wagner âgé de 32 ans, a été composé en 1845. Il est à ce jour le 2ème opéra le plus joué à Bayreuth. Il existe 2 versions de cet opéra : la seconde, dite « version parisienne », a été écrite en 1861. Dans cette version, un ballet a été ajouté après l’ouverture, pour satisfaire le goût du public parisien. Ce fut quand même un échec, et Tannhäuser ne connut que 3 représentations. Pourtant, la majorité des enregistrements légués font référence à cette version.

La rédemption par l’amour est une des thématiques de l’opéra. Ici, les pèlerins entament ce chant à leur retour de Rome pour avoir fait pénitence. Ils remercient Dieu pour avoir pardonné leurs péchés. Cette procession est accompagnée par les prières d’Elisabeth, épaulée par Wolfram, qui espère le retour de Tannhäuser parmi les pèlerins. Celui-ci ne figure pas dans le cortège, et elle s’en trouve brisée.

6) Danses Polovtsiennes (Prince Igor) – Alexandre Borodine

Nous entendons ces danses chantées au cours du 2ème acte de l’opéra. Elles ont acquis une grande renommée et sont même jouées en version symphonique lors de concerts. Cette musique évoque aussi en moi quelques souvenirs d’enfance. Petit, j’écoutais une version remixée, mélangeant hip-hop et classique, composée par le rappeur Warren G, dans son titre Prince Igor.

En écrivant son opéra en 1869, Borodine voulait dépeindre l’atmosphère d’une ancienne Russie. Son œuvre resta inachevée de son vivant. Ce sont les compositeurs Alexander Glazounov et Nikolaï Rimski-Korsakov qui finalisèrent la partition.

L’intrigue s’inspire d’événements historiques contés dans le poème épique Le Dit de la Campagne d’Igor, racontant l’échec de la campagne militaire du Prince Igor Sviatoslavitch contre les Coumans (appelés « Polovtsy » par les peuples Russes).

Les Danses du Prince Igor sont achevées du vivant de Borodine, et jouées en 1879 pour la première fois avec succès. Le reste de l’ouvrage est terminé en 1890 (3 ans après sa mort). Selon le livret, il s’agit de danses du 12ème siècle, exécutées dans le camp de Polovstiens, alors que Khan Kontchak retient prisonnier le Prince Igor.

Ce dernier est très bien traité, et ces danses sont en son honneur. Il y a quelque chose de captivant dans celles-ci. La sensualité des danses des jeunes filles contraste avec la sauvagerie de la danse des hommes. C’est un véritable tourbillon folklorique qui s’offre à nos yeux et surtout nos oreilles !

5) Chœur des Bohémiens (Il Trovatore) – Giuseppe Verdi

On ne connaît pas tellement de choses sur les circonstances de création de cet opéra. Nous savons juste que Verdi a été fortement influencé par la pièce d’Antonio García Gutiérrez, Il Trovador datant de 1836, dont le succès en Espagne a été fulgurant. En décembre 1849, Verdi se mit à la lecture de la pièce à l’aide d’un dictionnaire espagnol-italien. 1 mois plus tard, il demanda à son librettiste Salvatore Cammarano de rédiger le livret de son prochain opéra. Le jugeant trop lent, Verdi pria Cammarano de se hâter, mais il ignorait que ce dernier souffrait d’une maladie qui le tua en 1852. La fin du livret fut rédigé par un jeune librettiste, Emanuele Bardane.

Il Trovatore connaît un succès immédiat après avoir été joué pour la première fois au Théâtre Apollo de Rome en 1853. 1 an plus tard, Verdi le dirigea au Théâtre des Italiens, ce qui lui donne l’idée de faire une version française, agrémentée d’un ballet au 3ème acte, et une réécriture de la scène finale.

Le Chœur des bohémiens « Vedi ! Le fosche notturne spoglie » introduit le 2ème acte de l’ouvrage. La musique dépeint l’ambiance rude des bohémiens, chantant leur destin de dur labeur, mais aussi d’amour. Verdi a fait un travail exceptionnel sur la recherche des timbres orchestraux, et va même jusqu’à ajouter des marteaux sur enclumes pour accompagner les bohémiens dans leur travail.

4) Gloire immortelle de nos Aïeux (Faust) – Charles Gounod

Gounod découvrit le roman éponyme de Goethe lorsqu’il avait 20 ans, et nourrissait depuis, l’envie d’en faire un opéra. Ce n’est pourtant pas cette version qui fut utilisée pour sa pièce, mais celle du drame fantastique Faust et Marguerite de Michel Carré, adapté par Jules Barbier (auteur des Contes d’Hoffmann d’Offenbach).

D’abord refusé par l’Opéra, Gounod se tourne vers le Théâtre Lyrique, dirigé par Léon Carvalho, qui accepte avant de se rétracter, à l’annonce d’une production de Faust par un autre compositeur, au Théâtre de la Porte Saint Martin.

Finalement, après des moments de doute, le travail reprend, et l’opéra est achevé en juillet 1858. Il faut attendre le 19 mars 1959 pour la création au Théâtre Lyrique. Entre-temps, le livret est raccourci, et, à la demande de Carvalho, Gounod remplaça un air de Valentin (frère de Marguerite), par ce chœur martial, hymne patriotique, écrit quelques années avant pour un opéra laissé inachevé : Yvan le Terrible.

Lors de la grande Première, ce morceau, ainsi que le célèbre Air des bijoux de Marguerite tant prisé par la Castafiore dans Tintin, ont été les passages les plus salués.

3) Va Pensiero (Nabucco) – Giuseppe Verdi

Il s’agit là d’une des compositions les plus marquantes du compositeur Italien. Véritable hymne patriotique, ode à la liberté, symbole de résistance contre toute forme d’oppression.

Au cours d’un concert en 2011, le chef Riccardo Muti s’est servi de ce morceau pour dénoncer la politique de Silvio Berlusconi, menaçant la culture. Il invite le public à se joindre au chœur, lors d’un bis.

Nabucco raconte la souffrance et le sentiment de révolte des Hébreux exilés à Babylone par le Roi Nabuchodonosor. À sa création en 1842, Va pensiero était déjà un hymne à la liberté du peuple italien face à l’oppression autrichienne.

Aujourd’hui ce chant est toujours aussi intemporel, et traverse les frontières. À notre époque où la culture est menacée, continuons de la faire vivre, de la partager, et résistons pour son salut.

2) Ineggiamo, il Signor non è morto (Cavalleria Rusticana) – Pietro Mascagni

Dans mon précédent top, je vous avais parlé de mon goût immodéré pour la musique vériste, et principalement celle de ses deux représentants majeurs : Pietro Mascagni et Ruggero Leoncavallo.

Ce chœur est une parenthèse dans l’action. Il met en lumière la ferveur religieuse des habitants du village où se passe l’action, ainsi que le caractère pieux et dévot de Santuzza, dont le chant accompagne celui de la procession, célébrant Dieu pour la fête de Pâques.

Quelle sincérité d’écriture dans la partition de Mascagni ! On ressent tellement cette ardeur religieuse, où l’on s’oublie complètement au profit de Dieu, et de l’amour pour lui. Dans cette œuvre, Mascagni associe parfaitement le folklore régional à l’ambiance mélodramatique.

1) Son io, la Vita ! (Iris) – Pietro Mascagni

Et Mascagni occupe également la première place de ce top, grâce à l’une de ses compositions assez méconnue : Iris. Ici, le compositeur abandonne le mélodrame « primitif » de Cavalleria Rustica, pour nous offrir une page musicale au romantisme plus raffiné.

Le livret est signé Luigi Illica (auteur de grands succès tels que Andrea Chénier d’Umberto Giordano, La Bohème, Tosca, Manon Lescaut ou Madame Butterfly de Puccini). Iris partage beaucoup avec Madame Butterfly qui éclipsera rapidement son concurrent et le fera tomber dans l’oubli.

Nous sommes plongés au Japon du 19ème siècle. La pièce brille par son contraste entre la fragilité, la beauté de la musique, et son livret d’une grande noirceur.

La fin tragique d’Iris, morte en se jetant dans un des égouts de la ville est empreinte de spiritualité. Son chant du cygne reprend la mélodie du soleil, entendue dès l’ouverture, et ainsi, son lieu de mort se transforme en une sorte de paradis apaisant et réconfortant.

L’Aurore est le passage le plus marquant de l’œuvre, et cette ouverture brille par sa richesse orchestrale. Le chœur chante la vie, telle la création du monde.

L’œuvre n’a pas fait l’unanimité par son sujet jugé trop farfelu pour de l’opéra. Le suicide n’était pas convenable comme fin à l’époque et pourtant, force est d’admettre que Mascagni a ouvert la voie à de nouvelles possibilités, comme l’attestent Madame Butterfly ou Tosca, héroïnes mortes par suicide pour laver leur honneur.

Maintenant c’est à votre tour. Je vous invite à me dire en commentaires, si parmi ces titres, figure votre morceau favori, ou bien me donner votre Top personnel.

En attendant, on se retrouve bientôt pour de nouvelles découvertes musicales !



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Carmen 10ème c‘est un scandale…. heureusement que Nabucco est bien placé 🤣🤣

Mon préféré était les Indes Galantes. Mais j’aime quand même beaucoup Iris ! Je mets Rameau en premier par valeur sentimentale. xD
Est-ce que la marche des Turques est un chœur d’opéra aussi ? Car je l’aime beaucoup. L’hymne à la joie également, mais c’est vraiment trop connu. Dans le classique, les opéras de Mozart me séduisent. x) Il y a tant d’opéras dans ce monde… ! Y penser peut déjà nous plonger dans l’évasion.