L’amour à l’opéra – 10 déclarations passionnées dans l’art lyrique

L’amour à l’opéra – 10 déclarations passionnées dans l’art lyrique

Bonjour à tous !

« Music is the food of love » disait Shakespeare dans sa pièce de théâtre La Nuit des Rois. En effet, l’Amour tient une place prépondérante dans la musique, surtout dans l’art lyrique. On constate aisément que l’opéra est le berceau de l’expression des sentiments amoureux sous ses différentes facettes. Amours passionnels, interdits, sentiments de jalousie, destins tragiques, mais aussi parfois heureux, ils sont au centre des intrigues de chaque pièce. Voici pour vous, une sélection de 10 airs et duos de l’art lyrique, où la musique sublime à merveille ce sentiment humain.

10) Caro mio ben – Giuseppe Giordani

On retrouve des traces d’airs amoureux dans un recueil d’airs italiens des 17ème et 18ème siècles, intitulé Arie antiche, raccolte da Parisotti. Dans ce recueil, l’amour y est mélancolique, presque douloureux. La musique possède un caractère chaste et noble, mais pas question d’y trouver quelconque bonheur amoureux.

« Mon cher amour, crois-moi, sans toi, mon cœur se languit ». Tels sont les premiers mots de cet aria que l’on attribue au compositeur Giuseppe Giordani. À la fin du 18ème siècle, la musique est publiée avec pour signature « Signore Giordani ». L’éditeur du recueil des Arie Antiche, Alessandro Parisotti, a crédité Guiseppe Giordani en tant que compositeur de cet aria. Il a aussi fait référence à un autre compositeur du même nom, Tommaso Giordani.

Sujet à controverse sur la paternité du morceau, il semblerait après des études que celui-ci soit bien de Tommaso, car la première représentation à Londres aurait eu lieu pendant la période où le compositeur était en activité dans la ville.

9) Papageno ! Papagena ! (La Flûte Enchantée) – Wolfgang Amadeus Mozart

La Flûte Enchantée est l’un des derniers opéras de Mozart, écrit en 1791 en parallèle de La Clemenza di Tito, quelques mois avant sa mort. Contrairement à ses autres opéras, celui-ci a été créé pour un public populaire. Le Theater an der Wien est dirigé par un ami de Mozart, Emanuel Schikaneder. À cette époque, la cour royale tourne le dos au compositeur, raison pour laquelle il dédie sa composition au théâtre populaire. La création a lieu le 30 septembre 1791 et est accueillie favorablement. On joue cet opéra chaque jour, et fait salle comble à chaque fois. Même Antonio Salieri assista à une représentation, accompagné de la chanteuse Caterina Cavalieri.

Véritable moment féérique, les représentations bénéficient également d’une mise en scène avec de nombreux effets spéciaux. Le théâtre bénéficie d’une ressource technique abondante permettant ces prouesses. La magie côtoie aussi les références à la franc maçonnerie, dont Mozart était adepte.

Dans ce duo d’une grande tendresse et d’un profond optimisme, on y trouve Papageno et sa compagne Papagena. Papageno est un oiseleur, paré de ses plumes multicolores. Proche de la nature, il est d’un profond optimiste et d’une grande bonté. Papagena quant à elle, est une sorte d’alter ego de Papageno.

Ce couple est un bel exemple de simplicité, de naturel, et de drôlerie. Papageno est d’ailleurs l’un des personnages préférés de Mozart. Au cours du second acte, l’oiseleur cherche sa promise, mais celle-ci est introuvable. Pris de désespoir il décide de se pendre. Quand celle-ci apparaît, les deux tourtereaux se promettent d’avoir beaucoup d’enfants et de peupler le monde à l’infini. Un duo très touchant où les voix fusionnent dans une sublime harmonie presque naïve, typiquement mozartienne.

8) Tu l’as dit, oui tu m’aimes (Les Huguenots) – Giacomo Meyerbeer

Dans la série des amours interdits, je vous présente l’histoire de Raoul et Valentine. Il est protestant, elle est catholique et mariée. L’intrigue des Huguenots prend place durant la nuit de la Saint Barthélémy qui conduisit au massacre de milliers de protestants. Composée en 1836, l’œuvre est une commande du directeur de l’Opéra de Paris, après le triomphe du précédent opéra de Meyerbeer, Robert le Diable en 1831.

Le père de Valentine, le comte de Saint-Bris, est à la tête du complot de la Saint Barthélémy. Raoul ayant eu vent de ce qui allait se préparer, veut prévenir ses amis. Valentine tente de le retenir, car elle craint pour sa vie, et se voit contrainte de lui dévoiler son amour. Il s’agit d’une grande parenthèse dans l’action, aussi bien pour l’auditeur que les protagonistes. Raoul est comme dans une bulle suspendue hors du temps, ému par l’amour de sa chère et tendre.

7) Mon cœur s’ouvre à ta voix (Samson et Dalila) – Camille Saint-Saëns

Le livret de cet opéra s’inspire du Livre des Juges, et retrace les moments phares de l’histoire de Samson, de son ascension, à la trahison de Dalila puis sa mort. Le sujet avait déjà été traité d’une manière différente par Haendel en 1741, dans son oratorio Samson. Il faut noter que l’idée de Saint-Saëns d’écrire un opéra sur les personnages de Samson et Dalila, vient de son envie de renouer avec la tradition de l’oratorio.

L’entreprise de l’opéra débuta en 1868, avec pour commencer, plusieurs exécutions partielles en privé. Malheureusement, l’accueil de ces représentations n’a pas été des plus bienveillantes. Si l’on ajoute à cela la guerre entre la France et la Prusse, Saint-Saëns n’acheva son ouvrage qu’en 1877. La première intégrale a lieu en Allemagne, grâce à Franz Liszt qui en fit une traduction allemande à Weimar. Il faut attendre 1890 pour la première française, à Rouen, qui sera saluée par la presse parisienne.

Dans cet air d’amour qui n’en n’est pas réellement un, Dalila se met à ouvrir son cœur, suite aux suppliques amoureuses de Samson. Il ne s’agit pas d’amour mais de ruse de la part de Dalila qui tente de le charmer pour découvrir le secret de sa force. Et pour ce qui est de la séduction, Dalila ne lésine pas sur les moyens ! Élans passionnés, supplications, glissements chromatiques donnant l’illusion qu’elle défaillit. Quant à Samson, il est partagé entre amour et devoir envers Dieu et son peuple. Dans les récitals, les exclamations de Samson, « Dalila je t’aime ! » clamées entre chaque strophe, sont tronquées. Le duo ne devient plus que l’air envoûtant et destructeur de Dalila.

6) Una furtiva lagrima (L’Elisir d’Amore) – Gaetano Donizetti

L’Elisir d’amore est un vent de fraîcheur dans son histoire. Comme beaucoup d’opéras comiques au 19ème siècle, il s’inspire des personnages de la Comedia dell’Arte.

Nemorino est un personnage touchant, que l’on regarde avec plein de tendresse, et du plaisir à le voir évoluer au cours des 2 actes de l’opéra. Pour séduire Adina, il décide de s’engager dans l’armée. Celle-ci impressionnée est émue et conquise. Nemorino qui a cru voir une larme couler, a la certitude qu’elle l’aime. Cet air est l’un des fleurons de la musique belcantiste. Les particularités de ce chant, sont l’utilisation d’ornements, le travail des nuances, la virtuosité vocale, un registre étendu. D’une apparente simplicité, ces morceaux sont en réalité d’une redoutable complexité.

5) Ah, lève-toi soleil ! (Roméo et Juliette) – Charles Gounod

Comment ne pas parler d’amour sans citer le couple le plus célèbre. Nos deux amants réunissent tellement de formes amoureuses : amours interdits, tragiques, mais d’une grande passion.

Gounod exprime le souhait de mettre en musique le drame de Shakespeare, à la fin de l’année 1864. En avril 1865, il fait un voyage d’un mois à Saint-Raphaël et revient ensuite à Paris avec l’ébauche intégrale de sa partition. Malheureusement, le compositeur tombe en dépression. En mars 1866, il déclare au librettiste Henri Meilhac (à qui l’on doit plusieurs livrets d’opérettes d’Offenbach) que ce sera son dernier opéra.

L’œuvre est créée en avril 1867 au Théâtre Lyrique du Châtelet, et elle est un triomphe immédiat. Elle dépassera même la centaine de représentations en un an. Toute la narration de cet opéra tient sur 4 duos d’amour, chacun étant une étape vers la fin tragique qui attend les amants maudits. Il y a d’abord le coup de foudre au bal, la flamme passionnelle pendant la scène du balcon, les noces, et enfin le sacrifice.

L’air ci-dessous est chanté par Roméo, après que celui-ci se soit introduit chez les Capulet et monté au balcon. « Lève-toi soleil ! Fais pâlir les étoiles, Qui, dans l’azur sans voiles, Brillent au firmament ». Tels sont les premiers mots de la déclaration d’amour de Roméo. Quoi de plus romantique que de comparer sa promise à l’éclat du soleil.

4) Un di felice (La Traviata) – Giuseppe Verdi

Voici encore un bel exemple de déclaration d’amour. Au cours d’une soirée mondaine, Alfredo Germont, jeune homme de bonne famille a pour désir de conquérir Violetta, une courtisane. Il tente de lui faire savoir au cours d’un air d’une jolie simplicité, et pourtant tellement passionné. Cela fait un an qu’il est amoureux d’elle : « Je vous ai aimé sans le savoir, de cet amour qui est le souffle de l’univers entier ». D’abord surprise, Violetta tente de répondre avec un humour quelque peu piquant, et lui demande de fuir car elle estime qu’elle n’est qu’une courtisane et n’imagine pas qu’on puisse l’aimer d’un amour sincère. Elle se prendra finalement au jeu de la séduction, et tombera les armes.

La Traviata est adaptée du chef-d’œuvre littéraire d’Alexandre Dumas fils, La dame aux camélias. Avant de devenir un opéra, le roman passa par le théâtre et subit quelques coupures sur des contenus trop réalistes. Une deuxième série eut lieu avant la mise en musique. Il ne reste plus aucune trace de réalisme, au profit de l’aspect mélodramatique de l’opéra, sublimé par la musique de Verdi. L’orchestration est d’un grand raffinement même dans les moments les plus intenses.

Le souffle presque court, quelque peu pressant, comme si Alfredo avait du mal à contenir son émotion, il laisse ensuite éclater son ardeur dès le « Di quell’amor » jusqu’au point culminant « Croce e delizia al cor ».

3) La fleur que tu m’avais jetée (Carmen) – Georges Bizet

Pour ceux qui auraient vu mes deux autres sélections consacrés aux duos et aux chœurs d’opéra, vous constatez que Carmen est un choix d’opéra récurrent. Il faut dire qu’il figure parmi les opéras que j’ai le plus écouté et une analyse plus en détail sera certainement l’objet d’un futur article.

Dans cet opéra, il n’est pas question d’amour pur et sincère. José veut contrôler Carmen, la posséder. Cet amour est le cœur du drame, qui conduira sa jalousie excessive à commettre l’irréparable. L’ombre de la mort plane de manière récurrente tout le long de la pièce, dès l’ouverture, mais aussi pendant la scène des cartes de l’acte 3.

Nous sommes au cours de l’acte 2. Carmen et Don José sont seuls à la taverne de Lilas Pastia. Celle-ci veut danser pour lui, en guise de séduction. Seulement, Don José entend les trompettes de la caserne qui retentissent et doit y aller. Dans un accès de rage, Carmen pique Don José au vif en l’accusant de ne pas l’aimer. Celui-ci lui avoue que pendant le temps passé en prison pour la protéger, il avait conservé la fleur qu’elle lui avait jetée au premier acte. Don José est sous l’emprise de Carmen, et lui avoue son amour. Mais Carmen veut plus que des mots. Elle lui demandera de l’accompagner dans la montagne avec les contrebandiers.

2) Bess you is my woman now (Porgy & Bess) – George Gershwin

Si cet opéra n’a été créé qu’en 1935, l’idée germa dans l’esprit de Gershwin dès 1926, à l’âge de 28 ans. Le compositeur fut séduit par le best-seller Porgy d’Edwin Du Bose Heyward, devenu une pièce de théâtre. Celui-ci accepta l’idée de mettre en musique sa pièce. On y suit la vie d’afro-américains dans un quartier de Charleston en Caroline du Sud.

Pour les critiques, Porgy & Bess est un opéra à la structure musicale trop imparfaite, où la composition n’est pas assez approfondie, mais jouissant d’un livret sans faille, avec une superbe écriture des personnages. L’œuvre est une synthèse entre les techniques de compositions européennes, le jazz et la musique populaire.

Porgy & Bess a aussi été souvent la cible d’attaques, et est considéré comme un vecteur de stéréotypes, une vision raciste des noirs américains. Selon la volonté de Gerswhin, cet opéra ne doit être joué que par une distribution noire. Cela a permis à certains chanteurs de voir leur carrière décoller. Le morceau phare de cet opéra est sans nul doute Summertime. Il a été repris par de nombreux artistes de tous horizons musicaux.

Bess est la protégée de Crown, un voyou obligé de fuir le quartier après avoir tué un homme lors d’une rixe. Elle est rejetée par les habitants, s’attire les faveurs de Sportin’ Life, un revendeur de drogue, et surtout, la seule personne voulant l’accueillir est Porgy, un homme infirme. Dans ce duo d’une grande émotion, on découvre que Bess est devenue la femme de Porgy, et les deux amants chantent ainsi leur amour.

1) Vicino a te (Andrea Chénier) – Umberto Giordano

Umberto Giordano revient de loin avec cet opéra. Après avoir subi trois échecs avec ses précédentes compositions, il mit toute sa passion à l’ouvrage. Il est inspiré par la figure historique du poète français André Chénier, guillotiné le 25 juillet 1794. Si l’opéra est une version romancée de la vie de cet auteur, la fin est authentique. C’est le librettiste Luigi Illica qui se charge de cet opéra. Il est connu pour avoir collaboré sur les ouvrages de Puccini, notamment Tosca, Madame Butterfly ou La Bohème. Il a su habilement mélanger faits réels et pure invention, pour un résultat d’une grande noirceur dans la lignée de Tosca.

La Mama Morta est le morceau le plus célèbre de l’opéra, immortalisé par Maria Callas, et repris au cours d’une scène bouleversante dans le film Philadelphia.

Ce qui est sublime dans ce morceau, c’est que la musique a le pouvoir de rendre poétique des situations terriblement tragiques voire morbides. Andrea Chénier va être conduit à la guillotine après son jugement, et Maddalena, la femme qu’il aime va se sacrifier avec lui en prenant la place d’une autre détenue. Ensemble, ils vont livrer un ultime duo pour sceller leur amour jusqu’à dans la mort (« Viva la morte insiem ! » « Vive la mort ensemble ! »).



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Passionnant comme d‘habitude 🥰.
L‘amour thème intemporel.

Peut-on vivre sans amour ? Vous avez 4 heures 😜