10 morceaux idéaux pour un automne « cocooning »

10 morceaux idéaux pour un automne « cocooning »

Pour moi, l’automne est à la fois une saison magnifique, mais aussi teintée de mélancolie. Les beaux jours sont derrière nous, pour laisser place à une nature qui se prépare au sommeil hivernal. Toutefois, j’aime contempler la beauté des feuilles dansantes au gré du vent, dans un ballet de feu teinté de couleurs oscillant entre le jaune-orangé et le rouge.

Les études montrent que l’automne est la saison propice à la déprime. Il est certain que le froid, la pluie, le manque de lumière, nous procurent tristesse et fatigue. Pour se consoler, rien de tel qu’un bon chocolat chaud, un plaid et une sélection musicale adéquate pour vous accompagner dans ces moments cocooning !

Voici donc une sélection de 10 titres aux sonorités à la fois tendres, réconfortantes et mélancoliques.

Antonio Vivaldi – Le Quattro Stagioni « L’Autunno »

« Dansant et chantant, le paysan fête sa belle récolte. Enivrés par la liqueur de Bacchus, nombre d’entre eux sombrent dans le sommeil où leurs plaisirs trouvent fin. »

Telles sont les premières paroles du sonnet accompagnant ce Concerto d’Antonio Vivaldi. Le compositeur ne se laisse pas aller à la déprime automnale, bien au contraire. Il nous dépeint une ambiance festive, champêtre. On imagine sans peine ces paysans achevant leur labeur au rythme de la musique.

Les Quatre Saisons sont les premiers Concertos d’un ensemble de 12, regroupés dans le recueil Il Cimento dell’Armonia e dell’Invenzione Op. 8, publié en 1725. Si l’on en juge d’après la dédicace des Concertos, ces derniers auraient été composés bien avant leur publication.

À une époque où le Concerto Grosso fait loi (concerto où un ensemble de solistes dialogue avec l’orchestre), Vivaldi révolutionne le genre. Plutôt que de mettre en lumière un petit ensemble soliste (concertino), pourquoi ne pas le faire avec 1 instrument ? Le compositeur contribuera à la popularisation du Concerto que nous avons l’habitude d’écouter. Il se compose de 3 mouvements alternant vif-lent-vif, où le soliste fait étalage de virtuosité en dialogue avec l’orchestre.

Voici de quoi égayer vos mornes après-midi d’automne, en compagnie d’un bon livre !

Yves Montand – Les Feuilles Mortes

Alors que vous observez la pluie ruisselant sur vos fenêtres, vous êtes soudainement happés par la poésie prodigieuse de Jacques Prévert, et la voix suave et chaleureuse d’Yves Montand.

Ce classique de la chanson française composé il y a 70 ans n’a pas pris une ride. Joseph Kosma a écrit cette musique en 1945 pour un ballet de Roland Petit, Le rendez-vous. L’argument de ce ballet est signé Jacques Prévert. Pour le refrain, le compositeur s’est inspiré d’une mélodie de Jules Massenet, Poème d’Octobre.

Un an plus tard, le réalisateur Marcel Carné reprend l’argument du ballet et en fait un film, Les Portes de la Nuit. Prévert et Kosma sont encore une fois de la partie, pour le scénario et la musique. On y entend Yves Montand fredonner assez brièvement la mélodie, accompagné par un harmonica. Bien que le film ait été un échec commercial, la chanson va connaître un destin beaucoup plus joyeux. Il existe plus de 600 versions de ce classique !

Montand en est le plus grand représentant, mais d’autres l’ont précédé. Jacques Douai est le premier interprète masculin à le chanter en 1947. La chanteuse Cora Vaucaire l’enregistra en 1948, mais son 78 tours date de 1950, date à laquelle est répertoriée la version de Montand.

Après cela, la chanson va prendre un envol international, défier les styles, les langues. Sous la plume de Johnny Mercer, elle devient Autumn Leaves. Juliette Gréco, Édith Piaf, Dalida, Tino Rossi, Françoise Hardy, pour ne citer qu’eux, ont gravé leur interprétation des Feuilles Mortes. Serge Gainsbourg lui a même rendu hommage dans sa Chanson de Prévert. Quant à la version anglaise, Frank Sinatra, Barbra Streisand, Eric Clapton, Bob Dylan sont aussi des incontournables. Et que dire enfin des versions instrumentales de Miles Davis, John Coltrane, ou Michel Petrucciani !

Neil Young – Harvest Moon

« I want to see you dance again, because I’m still love with you, on this harvest moon ».

À travers cette chanson, Neil Young démontre que l’automne est synonyme de romantisme. Extrait de son album éponyme sorti en 1992, le chanteur nous offre une musique poignante, se rapprochant du style de ses débuts dans un registre folk / country.

Dans une ambiance acoustique, le musicien nous invite à partager sa vision de l’amour. Et quoi de plus romantique que de déclarer sa flamme sous la lumière de la lune ?

Parlons de l’orchestration justement. La chanson sait nous charmer par une mélodie éthérée offerte par les chœurs féminins, le son de la pedal steel guitar, et l’harmonica. Neil Young sait capter l’essence même de la beauté de l’amour, mais aussi sa fragilité.

Au cours de l’album, le chanteur a puisé son inspiration dans l’amour qu’il porte à sa femme Pegi. Cela ne fait que renforcer la sincérité de ses chansons, la beauté ainsi que la richesse de ses paroles. Elle décéda en 2019 à l’âge de 66 ans, des suites d’un long combat contre le cancer. Neil Young lui a rendu hommage à travers un texte émouvant, dans lequel il a également inclus les paroles de l’une des chansons de l’album : « Such a Woman ».

Charles Trénet – Verlaine

Le 5 décembre 1941, Charles Trénet, accompagné du Quintette du Hot Club de France, composé notamment de Django Reinhardt, enregistrait ce titre, inspiré du célèbre poème Chanson d’Automne de Paul Verlaine.

« Les sanglots longs des violons de l’automne, blessent mon cœur d’une langueur monotone ». Tels sont les premiers vers qui résonnent dans notre tête à la lecture du poème. Dans sa reprise, il est amusant de noter que Trénet remplace « blessent » par « bercent ».

6 juin 1944. Pour le journaliste américain Cornelius Ryan, ces vers auraient été utilisés en tant que messages codés pour avertir la Résistance de l’arrivée imminente des alliés. Dans cette version, « blessent » est encore remplacé par « bercent », sous l’influence de la version de Trénet.

Fait surprenant d’ailleurs pour l’époque que d’entendre le « Fou chantant » se livrer au jazz ! Lui qui quelques années avant, chantait dans un tout autre registre Y’a d’la joie, Boum !, Ménilmontant, Je chante

Léo Ferré restitue les strophes originelles dans sa Chanson d’automne, extraite de Verlaine et Rimbaud, qui constitue le premier double-album de l’histoire de la musique. Le poète Ferré sublime chaque mot, et teinte la chanson d’une mélancolie proche de celle du texte. Quelques années plus tard, Brassens sera également lui aussi fidèle à Verlaine en chantant les véritables strophes.

Quand les artistes ne chantent pas le poème en entier, ils le citent : c’est le cas de Serge Gainsbourg, Bobby Lapointe et même Pierre Perret.

Bing Crosby – Autumn in New York

New York, la ville qui ne dort jamais. Cette monstrueuse mégalopole a de tous temps inspiré les artistes. C’est le cas du musicien dont je vais vous parler maintenant.

En 1921, un jeune immigrant Russe décide de fuir la guerre civile qui fait rage. Il débarque à Ellis Island à tout juste 18 ans. Son nom : Vladimir Alexandrovitch Dukelsky. Grâce à sa formation de musicien de Kiev, il arrive à s’intégrer dans la vie culturelle new-yorkaise. Il fait la connaissance de George Gershwin qui lui conseille d’américaniser son nom. Vladimir Alexandrovitch Dukelsky devient par conséquent Vernon Duke.

Un jour d’octobre 1934, Vernon Duke avait quitté l’effervescence new-yorkaise pour se reposer dans le Connecticut. Il s’est souvenu de la beauté de la ville et de son tapis automnal. C’est donc à travers la musique qu’il retranscrit cette poésie de sa ville d’adoption. Autumn in New York venait de naître.

Par contre, il faudra attendre 20 ans pour que ce morceau devienne un véritable standard, avec le succès qu’on lui connaît de nos jours. Pourquoi cette réticence du public à l’égard de ce morceau ? Sûrement parce qu’il était en avance sur son temps. Si le refrain est facilement mémorisable, les couplets sont empreints d’une riche complexité harmonique, témoignage du parcours de musicien classique de Vernon Duke.

Qu’elles soient instrumentales ou vocales, ce ne sont pas les versions qui manquent. Les plus grands l’ont enregistré, notamment dans les années 50, âge d’or de cette chanson. La version de Bing Crosby que je vous propose ici, est celle qui retranscrit le mieux l’ambiance si typique de la ville.

Le titre est extrait du dernier album du crooner, Seasons, enregistré juste avant sa mort, le 14 octobre 1977. Maintenant, vous saurez pourquoi l’automne à New York est si attrayant !

Joe Dassin – L’Été Indien

Sans conteste, ce slow est le plus grand succès de la carrière de Joe Dassin. Pourtant, avant d’être ce tube incontournable de l’été 75, il s’agissait d’une chanson italienne intitulée Africa, du groupe Albatros, co-signée par Toto Cutugno. Le sens du texte d’origine est à mille lieues de celui de Joe Dassin. Cette chanson engagée prône un retour aux vraies valeurs de la vie. Elle se distingue par un style original : les couplets sont parlés, pendant que des chœurs féminins entonnent le refrain sur des « ba ba ba ». Ce n’est pas un succès en Italie, mais en France, elle attirera la curiosité d’un chanteur bien connu, Claude François. Il souhaite obtenir les droits pour une adaptation française.

Le chanteur italien adepte de la France et bien connu par les artistes français, proposait souvent ses chansons afin qu’elles soient adaptées dans la langue de Molière. Malheureusement, Claude François trop fatigué, laissera passer l’occasion en ne venant pas au rendez-vous, au grand bonheur du producteur de Joe Dassin, Jacques Plait.

Les paroliers Pierre Delanoë et Claude Lemesle proposent une première version à Joe Dassin qui n’est pas convaincu. C’est au cours d’un week-end ensoleillé à Deauville que l’idée leur vient. Ce temps radieux leur fait penser à cette période de l’automne au Canada et aux États-Unis, que l’on appelle l’été indien. Le climat est posé, et il est idéal pour conter la nostalgie d’un amour passé.

Le titre sortira le 6 juin 1975 et fera danser la France entière. L’Été Indien surpasse la version italienne, et devient même la chanson la plus vendue de Joe Dassin. Avec 800.000 disques 45 tours vendus, elle est même la 2e chanson la plus vendue en France en 1975.

Johnny Cash – The Thanksgiving Prayer

L’automne ce n’est pas seulement les feuilles qui recouvrent les jardins, les rues, le froid, la pluie… C’est aussi l’époque d’une fête bien connue dans le nord de l’Amérique, Thanksgiving. Célébrée le 26 novembre, elle est l’occasion pour les gens de célébrer Dieu, et le remercier pour les joies procurées au cours de l’année.

Pour Johnny Cash, c’est le moment de rendre grâce pour ce qui est réellement important dans la vie : la famille et les amis. « L’Homme en Noir » délivre un message plein d’espoir et de positivité. Message profondément intemporel et plus que d’actualité en cette triste période. Il n’y a rien de plus important que de se sentir proche de sa famille et de prendre soin d’eux.

Le 19 novembre 1994, Johnny Cash nous livre la première interprétation de cette chanson, au cours d’un épisode de la série télévisée Docteur Quinn, Femme Médecin. C’est le producteur de la série, Josef Anderson, qui a écrit la chanson spécifiquement pour le show. Ce n’est pas la première fois que le chanteur est présent dans la série. On le retrouve dans 4 épisodes entre 1993 et 1997, tout comme sa femme June Carter. Les deux musiciens se sentent une âme d’acteur et sont aussi apparus dans un épisode de La petite maison dans la prairie.

Kurt Weill – September Song

Aujourd’hui, l’œuvre de Kurt Weill est aussi bien reconnue et appréciée par les musiciens classiques, que ceux de jazz, ou de variétés. Pourtant, pendant la guerre, les nazis prohibèrent sa musique, allant jusqu’à brûler ses partitions. Il est contraint de quitter l’Allemagne en 1933, avec son épouse, la chanteuse et actrice Lotte Lenya (que l’on peut voir dans le film Bons baisers de Russie). Après un séjour en France, il se dirige vers les États-Unis en 1935 où il y fera le reste de sa carrière, jusqu’à sa mort prématurée en 1950.

Le style de Kurt Weill est très étonnant. Il est une savoureuse synthèse entre le post-romantisme, voire l’expressionnisme, et la musique de Broadway. Son œuvre la plus connu reste L’Opéra de quat’sous, composée en 1928 en Allemagne. Mais on lui doit aussi bon nombre de standards de jazz. September Song est l’un d’eux.

Il le composa en 1938, pour la comédie musicale Knickerbocker Holiday, à la demande de Walter Huston. S’il possédait un talent indéniable pour la comédie, ses capacités vocales en revanche étaient plus limitées. Cela explique notamment la simplicité évidente de la mélodie, mais le morceau s’est tout de même imposé comme un standard repris par bon nombre d’artistes.

Depuis les années 40, les chanteurs de jazz l’ont intégré à leur répertoire, comme Bing Crosby, Sarah Vaughan, Frank Sinatra. Il existe cependant des versions plus atypiques comme celle du groupe Young Gods, à la dimension funèbre assumée.

La version de Willie Nelson ici présente, est une ballade que l’on chanterait au coin du feu, pleine de douceur et de poésie. Le chanteur a su intégrer son style folk / country, pour nous livrer un morceau d’une belle simplicité, avec une instrumentation assez minimaliste, mais sans pour autant être dénué de charme et d’intérêt.

The Modernaires – Autumn Serenade

The Modernaires, voilà un nom qui ne vous dira certainement rien. Mais si je vous parle de Glenn Miller et de son orchestre, vous penserez certainement à In the Mood, ou Moonlight Serenade. Mais quel est le rapport avec The Modernaires ? Et bien cet ensemble vocal est surtout connu pour ses performances aux côtés de Glenn Miller dans les années 40.

Leur carrière débuta au début des années 30, en tant que trio. Puis, le trio devint quatuor. Après des débuts dans les orchestres de Ted Fio Rito ou Ozzie Nelson, leur renommée commence grâce à Glenn Miller. Celui-ci les engage en octobre 1940 pour travailler sur la chanson Make Believe Ballroom Time. En 1941, la chanteuse Paula Kelly les rejoint et restera leader du groupe jusqu’en 1978.

Leur style et leur richesse harmonique ont influencé le groupe vocal The Four Freshmen. À leur tour, ce groupe a eu un impact sur le style musical des Beach Boys.

Le morceau a été écrit en 1945, et The Modernaires a été le premier groupe à l’interpréter. Encore jouée de nos jours, l’autre version incontournable de ce standard est celle de John Coltrane et Johnny Hartman en 1963, dans une ambiance se rapprochant d’un film noir. La version des Modernaires est beaucoup plus romantique, avec ses violons en masse, et la voix emplie de tendresse de Paula Kelly. La musique est également très descriptive, les harmonies vocales dépeignent cette ambiance automnale où le vent souffle, jouant sa sérénade.

Led Zeppelin – Ramble On

Terminons cette sélection dans un tout autre registre. Après les moments de réflexion sur la solitude, les amours perdus, la tristesse du temps qui passe, place à l’envie d’évasion.

En 1969, Jimmy Paige et Robert Plant co-écrivent cette chanson, extraite de leur album Led Zeppelin II. La chanson procure des envie d’aventure, de voyage. Robert Plant est un admirateur de l’œuvre de Tolkien, et à ce titre, il fait de subtiles références à Sauron, le Mordor et Gollum. Cela reflète en réalité l’état d’esprit du groupe, avide de voyage, et qui est en tournée à cette époque.

Ce ton aventurier est donné dès l’intro acoustique aux sonorités folk, de Jimmy Paige. Le morceau n’a jamais été joué intégralement durant les années de formation du groupe. Il faut attendre le concert de reformation de Led Zeppelin à l’02 Arena de Londres, pour que ce manque soit comblé.

Un morceau qui donnera des envies d’évasion afin de conclure efficacement cette sélection automnale.



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A part Led Zeppelin que je n‘aime pas, tu as écrit un article passionnant 🤗🤗