Je ne regrette rien – Il y a 60 ans, la chanson qui sauva l’Olympia

Je ne regrette rien – Il y a 60 ans, la chanson qui sauva l’Olympia

10 novembre 1960. Ce jour-là, Édith Piaf, dont la carrière est en stand-by va enregistrer la chanson qui relancera sa carrière, et qui par la même occasion sauvera le théâtre de l’Olympia de la faillite. Cette chanson, taillée sur mesure pour la chanteuse qui se reconnaît énormément dans les paroles, connaît un succès toujours intact, 60 ans après sa création.

La naissance d’un classique de la chanson française

Dans les années 60, Charles Dumont est un compositeur jouissant déjà d’une certaine notoriété. Il collabore avec des artistes comme Dalida, Tino Rossi, Luis Mariano. Son rêve est d’être interprété par Édith Piaf. Il tenta à ce titre de la convaincre plus d’une fois, mais celle-ci n’aimait pas son travail. Pour elle, Dumont n’était qu’un « petit chansonnier ».

Piqué dans sa fierté, le compositeur se mit à jouer quelques temps après, une mélodie au piano. Il venait de composer la base de l’une des plus grandes chansons françaises. Dumont appela Michel Vaucaire, l’un des plus grands paroliers du moment avec qui il collabora fréquemment. Je ne regrette rien était né.

Dumont n’est pas convaincu par le texte. Cependant, Vaucaire pense au contraire que celui-ci irait parfaitement à une certaine … Edith Piaf. Imaginez la réaction de Charles Dumont à cette annonce. Lui qui éprouvait de l’hostilité à l’égard de la chanteuse, refusa cette possibilité. Et pourtant, quelques jours plus tard, les deux artistes eurent rendez-vous à son domicile.

Une carrière sur le déclin

Arrivés sur place, la chanteuse pensait avoir annulé le rendez-vous, en raison d’une grande fatigue. L’accueil n’est pas des plus chaleureux. Il faut dire aussi qu’à cette époque, Edith Piaf ne voyait plus la vie en rose…

En juillet 1951, victime d’un accident de voiture, elle est soignée à la morphine dont elle devient dépendante. Elle entame plusieurs cures de désintoxication, et doit aussi soigner une polyarthrite rhumatoïde, qui l’a mine depuis plusieurs années, avec des corticoïdes. L’alcool est également son meilleur allié, surtout depuis le terrible drame de la perte de Marcel Cerdan en 1949.

Malgré la perte de vitesse de sa carrière, elle enregistrera en 1959, l’un de ses plus grands succès, Milord, écrit par le jeune George Moustaki. Il a 19 ans de moins qu’elle, mais auront une aventure amoureuse entre 1958 et 1959. C’est d’ailleurs Édith Piaf qui lancera la carrière du chanteur. Le 6 septembre 1958, ils auront un accident de voiture qui aggravera son état de santé et sa dépendance à la morphine. Après une représentation désastreuse à Dreux le 13 décembre 1959 où elle s’effondre sur scène, Edith Piaf subit de nombreuses interventions chirurgicales. Elle rentrera à Paris non sans séquelles.

Revenons-en au rendez-vous entre Édith Piaf, Charles Dumont et Michel Vaucaire. Dumont se mit au piano, et Edith Piaf fut subjuguée par le morceau. Elle lui demanda de rejouer le morceau des dizaines de fois. Piaf déclara même « C’est moi, c’est ma vie ! ». Dumont, lui, le simple « chansonnier » de 31 ans, venait de lui signer la chanson qui allait faire redémarrer sa carrière. Le 10 novembre 1960, elle enregistre le titre, puis le chante le 29 décembre 1960, sur la scène d’un Olympia au bord de la faillite.

La renaissance de l’Olympia et d’Édith Piaf

À cette période, les affaires vont mal pour cette salle de spectacles. Aujourd’hui mythique, elle a vu passer les plus grands artistes comme Barbara, Georges Brassens, Léo Ferré, Johnny Halliday. Dalida s’est faite connaître sur cette scène en 1956, lors de l’émission Les Numéros 1 de demain.

Bruno Coquatrix, le directeur de l’époque avait supplié Piaf de se produire sur scène, sans quoi il serait obligé de fermer. Elle refusa en premier lieu, à cause de son état de santé, avant de changer d’avis et d’accepter une série de représentations qui sauveront à la fois sa carrière et la salle. 16 minutes d’ovation, une salle pleine avec des stars dont son amie Marlene Dietrich, 22 rappels ! C’est l’apothéose totale.

Quelques semaines plus tard, le duo de compositeurs signera un autre incontournable, Mon Dieu. La chanson est inspirée encore une fois de la vie tourmentée d’Édith Piaf, et de la perte de l’amour de sa vie Marcel Cerdan.

Je ne regrette rien est classé numéro 1 en février 1961, pendant 1 semaine, puis en juin 1961 pendant 3 semaines.

La chanson connaît de nombreuses reprises. Piaf l’enregistra en anglais, Dalida en italien, Mireille Mathieu en allemand. Le groupe de metal Rammstein cite la chanson dans le refrain de son titre Frühling in Paris. Le chanteur Nicola Sόn associe les sonorités lancinantes et mélancoliques du choro et de la bossa nova aux mélodies de Piaf, pour nous livrer une vision inédite des textes de la chanteuse dans son album Piaf do Brasil.

À l’époque, Edith Piaf avait prédit à Charles Dumont que sa chanson voyagerait. On peut dire qu’elle ne s’est pas trompée ! Voici une petite sélection des plus belles reprises de cet incontournable de la chanson française.

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De nombreux artistes ont besoin de souffrir ou d’être malheureux pour pouvoir donner le meilleur d‘eux. Doit-on souffrir pour transmettre son art ? Vous avez 4 heures !

Merci Freud 😂😂😂