Imaginaerum – Nightwish

Imaginaerum – Nightwish

Voilà un album qui occupe une place très particulière au sein de ma discothèque et dans mon cœur. C’est pourquoi aujourd’hui j’ai décidé de vous livrer mes sentiments à son égard. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques mots pour resituer le contexte…

Comment Imaginaerum m’a ouvert la voie à des pans de la musique encore inexplorés ?

Au cours de mes années d’études musicales, mes goûts étaient assez restreints et se limitaient majoritairement à la musique classique. Beethoven, Verdi, Bach, ou encore Puccini, étaient mes sources d’inspiration, même s’il m’arrivait aussi d’écouter de la variété française (Daniel Balavoine, Michel Berger, Véronique Sanson, Joe Dassin…). Pendant toutes ces années, je me suis forgé une solide culture classique, et il m’arrivait de débattre joyeusement avec mes amis au sujet de la meilleure version des Symphonies de Beethoven, ou de celle de La Traviata de Verdi.

Puis, arriva un moment décisif de mon parcours : ma dernière année de préparation de mon D.E.M. en flûte traversière. Cette année où ma flamme qui m’animait était en train de disparaître progressivement. Je ne vous cache pas que cela a été une année difficile pour moi sur plusieurs plans : je n’avais plus la motivation de travailler, j’allais en cours sans réelle envie. Il s’en est suivi une période de grosse remise en question sur la suite de mon parcours professionnel. Après de longues heures de réflexion, j’ai pris la douloureuse décision d’arrêter la musique, avant que cette passion ne disparaisse définitivement.

À ce moment de la lecture vous êtes certainement en train de vous dire : « Manu, c’est bien beau de nous refaire le déroulé de tes tourments professionnels, mais quel est le rapport avec l’album de Nightwish ? ». Vous avez raison ! Assez palabré et venons-en à ce qui nous intéresse.

Encore quelques mots avant d’entrer au cœur du sujet, car il est important que je vous explique comment de fervent amoureux de musique classique, j’en suis arrivé à écouter un style qui m’était totalement inconnu.

Comme je vous l’expliquais, je ne prenais plus aucun plaisir ni dans la pratique musicale, ni dans l’écoute. C’est pourquoi pendant quasiment 1 an je n’ai quasiment plus écouté de musique classique. J’ai profité de cette période pour m’ouvrir à d’autres styles comme le Jazz (Benny Goodman, Glenn Miller, Bing Crosby…), mais aussi le metal, par l’intermédiaire d’un ami amateur du genre.

Autant dire que je partais avec pas mal d’a priori sur cette musique : « Une musique de sauvages pour glorifier Satan ? Merci mais pas pour moi !». Au gré de mes recherches, j’ai vite révisé mon jugement, et quelle fut ma surprise en découvrant la grande richesse de styles au sein même du metal.

Je suis tombé sur un extrait de l’album Imaginaerum de Nightwish joué en live et là… Une vraie claque ! Une musique orchestrale digne des plus belles B.O. de musiques de films, une ambiance à la Tim Burton, il ne m’en fallait pas plus pour creuser le sujet. Après tout, quoi de mieux que le metal symphonique pour faire une transition en douceur entre le classique et le metal, deux univers qui sont bien plus proches qu’il n’y paraît.

Il était une fois … dans l’Imaginaire du compositeur Holopainen

Sorti en 2011, Imaginaerum est le 7ème album studio du groupe finlandais, sorti de l’imaginaire du leader et compositeur Tuomas Holopainen. C’est aussi le 2ème album de l’époque post Tarja Turunen, première chanteuse du groupe des débuts en 1996 jusqu’en 2005 (époque considérée par les fans de la première heure, comme la grande époque glorieuse du groupe).

L’album ne fait pas spécialement l’unanimité parmi les fans du groupe, qui ne jurent que par la première période où le metal était plus présent. Les critiques furent assez acerbes sur le précédent album, Dark Passion Play, sorti en 2007, premier pas vers une voie plus symphonique, qui fut quand même récompensé à multiples reprises, avec 5 disques de platine, et vendu à plus de 2 millions d’exemplaires depuis sa sortie. C’est aussi l’album avec la chanteuse Anette Olzon, dont la carrière éclair s’acheva avec cet Imaginaerum.

Dark Passion Play n’est pas un album qui avait réussi à susciter mon enthousiasme, à la différence de celui-ci. Sur le précédent, lorsque Tuomas Holopainen, leader et compositeur du groupe, écrivit l’album, il ne savait pas qui chanterait dessus. Le tir est rectifié avec celui-ci, composé spécialement pour Anette, et cela se ressent clairement !

Pour contribuer à cette dimension épique et filmique, Tuomas s’offrit le luxe de la participation du London Philharmonic Orchestra (l’orchestre qui enregistra la B.O. du Seigneur des Anneaux pour ne citer que celle-ci) et de ses chœurs.

Imaginaerum c’est un voyage au cœur de l’imaginaire : ce concept-album nous plonge dans l’histoire d’un homme atteint de démence sénile, qui voyage dans son sommeil à travers des mondes où se mêlent ses souvenirs d’antan et des univers imaginaires et musicaux d’un jeune garçon, reflet de sa jeunesse. L’album est à lier également avec un film éponyme, développé en même temps que l’album et sorti 1 an plus tard.

“Je viens vivre ici où l’histoire commence, où un violon se fait l’écho de la mélodie éternelle du désir immense”

Tout commence avec le son d’une boîte à musique, nous sommes transportés d’emblée dans un univers féérique, loin des habituelles ouvertures grandiloquentes des précédents opus. Tuomas opte pour une ambiance mystérieuse, quasi enfantine, mais néanmoins assez sombre, sur la voix très narrative de Marco Hietala (bassiste et chanteur) chantant en finlandais. Il nous ouvre les portes de ces mondes imaginaires, dont les inspirations Tim Burton sont plus que flagrantes (l’histoire, la cover de l’album, la musique).

Puis, les morceaux enchaînent différentes ambiances. On a tout d’abord des titres dans la veine du groupe, sans trop de surprises mais très bien réalisés. Storytime, premier single de l’album, est la première incursion dans ce « Neverland » macabre. Il est maqué par une orchestration massive, des chœurs majestueux pendant le break symphonique, un refrain entêtant. Un titre simple mais accrocheur.

L’une de mes surprises concerne le très atypique Slow, Love, Slow, à l’ambiance typée film noir des années 30. On s’imagine sans mal entrer dans une boîte de jazz d’un sinistre quartier new-yorkais.

Le titre ne fait pas l’unanimité parmi les fans de la première heure, mais le groupe tente de nouvelles expérimentations. Anette mène le chant d’une grande sensualité. La basse de Marco Hietala sonne à la manière d’une contrebasse classique, le tout sur fond de piano, d’une batterie jazzy, et des sons veloutés de la guitare. La fin du morceau redevient metal avec un solo de trompette dont le son s’évanouit peu à peu dans l’espace. Le tout laisse place au cliquetis d’une pendule (la notion de temps qui passe est récurrent dans cet album).

Depuis Dark Passion Play, Nightwish aime nous proposer des ambiances plus folk, celtiques. Le musicien Troy Donockley, en charge de l’instrumental celtique devient pour ainsi dire membre à part entière du groupe. Il fait retentir sa cornemuse dans I Want My Tears Back (écho du précédent Last of the Wilds), et nous gratifie de sa flûte irlandaise sur Turn loose the Mermaids et The Crow, the Owl and the Dove.

“Mesdames et Messieurs, soyez impitoyablement les bienvenus au Cirque de Morgue !”

En contraste total, Tuomas nous offre aussi des moments bien plus cauchemardesques. Scaretale en est le parfait exemple ! Anette montre l’étendue de ses capacités vocales, et se donne à fond pour coller au plus près de son personnage de sorcière.

C’est le morceau le plus cinématographique de l’album, une véritable symphonie macabre, et un réel coup de cœur (j’irai même jusqu’à dire qu’il s’agit de mon morceau favori de la discographie de Nightwish !).

Bienvenue dans ce « conte effrayant », représentation des rêves les plus noirs des enfants. Au programme, chœurs d’enfants introduisant une mélodie inquiétante sous forme de valse, avant l’entrée massive du chœur principal et de l’orchestre, suivis de près par les coups assommants de la double pédale et des riffs de guitare. Les paroles ne sont pas en reste : « Il était une fois dans un cauchemar du jour […] », « La jeune mariée t’attirera, te cuisinera, te mangera […] ».

Dans une seconde partie, Marco s’impose en terrifiant Monsieur Loyal, et prononce de sa voix caverneuse : « Mesdames et Messieurs, soyez impitoyablement les bienvenus au Cirque de Morgue ! Et quel spectacle nous avons pour vous ce soir ! ». Plus que jamais l’ombre de Tim Burton et Danny Elfmann flotte au-dessus de cette merveille musicale.

Après un interlude purement musical, aux sonorités tribales et arabisantes (Arabesque), nous voilà plongés dans une seconde partie d’album plus posée, plus lumineuse avec des ballades dont celles citées précédemment.

Comment ne pas vous parler aussi de Last Ride of the Day, premier titre de l’album que j’ai écouté. C’est lui qui m’a fait entrer dans cet univers sombre et onirique. Encore un morceau purement « Nightwishien » : riffs catchy, chœurs et orchestre qui imposent, faisant la part belle aux cuivres. Il y a surtout la voix d’Anette ! Cette voix qui montre toute son étendue vocale ! On sent que l’album a été écrit pour elle, à la différence de Dark Passion Play. Sa voix, bien plus rock que celle de son illustre prédécesseuse Tarja, réussit à nous séduire et colle parfaitement à l’ambiance noire de l’album.

Song of Myself, morceau épique de près de 14 minutes est un hommage au poète Walt Whitman, dont Tuomas est un grand admirateur. Ce morceau s’inspire du poème éponyme de Whitman, extrait de son recueil le plus célèbre Feuilles d’herbe.

Véritable final en apothéose, ce qui m’a fasciné d’emblée dans ce morceau, c’est sa dimension opératique, ces changements d’ambiances au fil des différentes parties du morceau. Divisée en 4 sections, les 3 premières sont une sorte de synthèse du savoir-faire qui nous a été présenté jusqu’alors. Du symphonique de très haute volée ! La dernière intitulée “Love” contraste radicalement. Il n’est plus question de chant, ni de symphonique, mais plutôt une ambiance bien plus intimiste.

Dans cette section, la musique accompagne des proches des membres du groupe, récitant des textes. Un concept déstabilisant de prime abord, mais qui se révèle être un très beau moment de narration poétique, plein de pudeur, et une montée orchestrale en émotion.

L’arrivée de la guitare et des chœurs accompagnant délicatement les paroles narrées, permet de relancer une dernière fois l’ultime morceau de l’album. Il s’agit d’un assemblage symphonique des principaux thèmes de l’album, qui confirme le statut cinématographique de celui-ci. Il conclut l’œuvre comme elle a commencé, comme un conte qui se termine, un rêve qui prend fin.

Cet album marque véritablement un tournant dans la carrière du groupe, et offre une telle richesse musicale, que cela en fait pour moi l’un des plus grands albums de la discographie du metal symphonique.

Après, oui, tout n’est pas parfait, l’album s’offre quelques longueurs (notamment dans la seconde partie, avec l’enchaînement de ballades), certains morceaux sont sans réelles surprises, l’aspect metal est relégué au second plan, mais qu’importe !

Il faut considérer l’œuvre dans son entièreté, se laisser porter par l’imaginaire créé par les compositions, par leur puissance narrative, pour ainsi apprécier cet album, auquel je voue une tendresse personnelle toute particulière, et qui m’ouvrit la voie à l’univers riche et fascinant du metal.



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