B.O. Classics #03 – L’influence d’Hans Zimmer dans la musique de blockbuster

B.O. Classics #03 – L’influence d’Hans Zimmer dans la musique de blockbuster

Bienvenue dans ce 3ème épisode de B.O. Classics, le format consacré aux compositeurs de musiques de films. Aujourd’hui le cinéma hollywoodien est à l’honneur, et plus particulièrement les blockbusters (vous savez, ces films à gros budgets, avec de l’action à revendre, des explosions, et surtout des musiques épiques).

Pour illustrer cela, plongeons-nous dans le travail de l’un des maîtres du genre : Hans Zimmer. L’approche musicale du compositeur diffère d’autres bien connus comme Ennio Morricone, ou John Williams. Si ces derniers privilégient la richesse instrumentale et l’exploitation des possibilités orchestrales, Zimmer va rechercher l’expérimentation sonore. Pas de panique, nous aurons l’occasion de voir cela par la suite.

Né en 1957 à Francfort, la musique a toujours été la passion première du jeune Hans. Contrairement à James Horner ou John Williams, Zimmer n’a pas suivi de cursus classique. Autodidacte, cela ne l’a pas empêché de composer des œuvres qui ont marqué de leur empreinte l’histoire de la musique de films.

Au début des années 70, il part en Angleterre avec sa mère et va s’intéresser à la musique électronique. À cette époque, on note de vraies avancées dans le développement d’instruments électroniques avec l’apparition de synthétiseurs numériques. Grâce à ces instruments, Hans Zimmer expérimente la création sonore et se rend compte de l’infinité de possibilités. Pour l’anecdote, Hans Zimmer a été claviériste du groupe The Buggles et fait une apparition dans le clip Video Killed the Radio Star (le jeune homme en noir à la fin du clip, derrière les synthés).

Les années 80 sont un tournant grâce à la rencontre avec son mentor Stanley Myers. Il devient son assistant puis s’ensuit une fructueuse collaboration. Son travail finit par payer et il est repéré par le réalisateur Barry Levinson. Il le choisit pour composer la musique de son film Rain Man. Ainsi, Zimmer s’envole pour Hollywood et réussit un coup de maître en révélant sa musique au grand public, et en étant nommé aux Oscars.

De la consécration à Media Ventures

Après ce succès, Zimmer décide de rester aux Etats-Unis. Il a un projet en tête, celui d’aider de jeunes compositeurs à exprimer leur talent. C’est ainsi qu’il va fonder son studio Media Ventures (appelé maintenant Remote Control). De nombreux compositeurs aujourd’hui reconnus ont travaillé au sein de ce studio. Parmi eux, Klaus Badelt (Pirates des Caraïbes), Ramin Djawadi (Westworld, Prison Break, Game of Thrones), James Newton Howard (Hunger Games), Harry Gregson-Williams (saga de jeux vidéos Metal Gear Solid), Steve Jablonsky (Transformers), et j’en passe.

Le but de ce studio était aussi de permettre à ces compositeurs de mettre à profit leurs talents sur des projets en commun. Il n’est pas rare de voir des bandes originales de films co-signées par 2 compositeurs (Klaus Badelt et Hans Zimmer pour Pirates des Caraïbes par exemple).

En tant qu’expérimentateur, Hans Zimmer va se livrer à des genres nouveaux. Il se lance donc dans le film d’action mais aussi le film d’animation. En 1994, il signe l’une des bandes originales les plus célèbres, Le Roi Lion des studios Disney. Pour son travail, il recevra le seul Oscar de sa carrière.

À partir de ce moment, il offre son art au service des grosses productions hollywoodiennes et devient une figure majeure du genre. Avec plus de 150 B.O. pour le cinéma, sans compter son travail pour la télé et les jeux vidéos, on peut dire que Zimmer a eu un impact majeur dans la musique et le sound design. Son dernier travail en date est la B.O. du film de super-héros Wonder Woman 1984, sorti en fin d’année 2020. Vous constatez aisément que nous sommes loin des sonorités de ses débuts avec Rain Man.

Le Style Hans Zimmer

On oppose généralement 2 visions de la musique de film. Tout d’abord, nous avons un style assez académique, qui exploite les possibilités de l’orchestre, et se compose d’une harmonie riche. John Williams, Howard Shore ou James Horner se classent dans cette catégorie.

Ce sont des musiques riches, avec de nombreux leitmotiv, permettant de coller au mieux à l’image du film. Prenons la musique du Seigneur des Anneaux composée par Howard Shore. On peut rapprocher aisément son travail de ce qu’avait fait Wagner en son temps. L’écriture en leitmotiv (motif permettant de caractériser un personnage, un lieu, une action) régit les compositions des deux hommes. Les leitmotiv se superposent, sont transformés selon les situations, mais on reconnaît leur structure. Pour la trilogie du Seigneur des Anneaux, Howard Shore a composé plus d’une centaine de leitmotiv. Dans le Prologue, on peut y entendre le thème de la Comtée, de l’Anneau, de Sauron… Il y a une dimension quasi opératique. On rapproche ce Prologue des ouvertures d’opéras qui présentent aussi les futurs thèmes à venir.

D’un autre côté, nous avons un style plus expérimental, où l’on cherche à créer des ambiances. Hans Zimmer se range dans cette catégorie, tout comme les compositeurs issus de son studio.

Il faut noter le fait qu’il soit autodidacte et n’a jamais suivi de cursus musical pour apprendre les règles de composition. Lorsqu’il écrit de la musique, il le fait de manière instinctive.

On en arrive à ce qui caractérise la majeure partie du travail de Zimmer. La répétition est l’une des marques signature du compositeur. Il n’est pas rare d’avoir des morceaux bâtis sur une même grille d’accords du début à la fin. C’est le cas du morceau Time extrait du film Inception de Christopher Nolan. 4 accords sont utilisés : 2 accords mineurs et 2 accords majeurs. La mélodie est simple, mais ce qui en fait quelque chose de magique, c’est cette montée en puissance de l’orchestration. Le morceau est le reflet des intentions de Zimmer lorsqu’il écrit de la musique : ce n’est pas l’écriture qui importe mais le souci du détail dans le rendu sonore global.

Les motifs répétés (ostinatos) font aussi partie intégrante de son style. Écoutez cette basse en doubles croches provoquant une tension forte tout au long du morceau Supermarine extrait du film Dunkerque également de Christopher Nolan.

Côté orchestration, on privilégie les cordes, les percussions massives, et les cuivres tonitruants. Le tout crée une musique épique, efficace, propice aux films d’action. Les sons électroniques sont également au rendez-vous sous forme de nappes sonores ou rythmiques. Même si tout cela paraît basique en somme, Zimmer maîtrise les outils à sa disposition pour offrir des couleurs inédites à ses compositions.

En 2005, il débute sa collaboration avec Christopher Nolan. Ce dernier avait décidé de s’attaquer au mythe de Batman, avec une vision bien plus sombre que les films précédents. Concernant la B.O., le pari était risqué, car Danny Elfman avait imaginé un thème mémorable pour le film de Tim Burton. Le résultat est un triomphe, et va devenir un modèle pour de nombreux futurs blockbusters. Saviez-vous que le nom de chaque morceau était une référence à diverses espèces de chauves-souris ?

Trois ans plus tard, les deux compositeurs signent la B.O de l’excellent The Dark Knight (le meilleur de la trilogie à voir absolument pour la prestation magistrale d’Heath Ledger). L’objectif de cette B.O. était de provoquer un certain malaise, de retranscrire la folie du Joker. Écoutez cette longue note tenue au violoncelle dans l’introduction.

Résumer la musique de Zimmer uniquement à ce style est assez réducteur. Cela s’applique aux B.O. de blockbusters, mais il sait également composer des thèmes plus originaux, sans négliger la recherche sonore.

La musique du générique de fin du film USS Alabama de Tony Scott composée en 1995 est divisée en 2 sections. La première, épique, est assez habituelle du style Zimmer. La mélodie aux cuivres rappelle celle utilisée plus tard dans le film de Ridley Scott, Gladiator. À ce lyrisme, s’ensuit des chœurs funèbres inspirés de la musique savante classique (le Requiem de Mozart).

L’un de mes coups de coeur musicaux va au thème du film Interstellar de Christopher Nolan (le binôme de Zimmer). Il arrive à nous happer par ses sonorités électroniques, sa musique d’une grande simplicité, l’importance de l’orgue, rappelant l’immensité de l’espace et le sentiment de solitude.

L’exotisme est aussi au rendez-vous dans certaines compositions. Plus haut, je vous ai présenté le thème de Rain Man, l’une de ses premières B.O. Les sonorités épiques et symphoniques sont délaissées au profit de la flûte de pan, sons synthétiques et diverses percussions.

En 2011, dans le B.O. de Sherlock Holmes : Jeu d’ombres, il développe un style tzigane pour représenter l’un des personnages. Le compositeur s’est rendu en Slovaquie pour faire enregistrer sa musique par des musiciens locaux.

Vers une uniformisation des musiques de blockbuster

À partir de la trilogie Batman de Nolan, le succès a été tel, que la manière de composer d’Hans Zimmer est devenu quasiment une norme pour tous. Si la recette a fonctionné pourquoi ne pas faire de même ? Seulement, à force de copier et de répéter sans cesse la même chose, on perd en efficacité. La qualité est mise à mal au profit de la volonté de plaire au plus grand nombre, par l’utilisation excessive des effets propres à Zimmer. On se retrouve avec des morceaux sans réelle identité, nous n’avons plus de vraies mélodies identifiables. Et l’on peut même facilement imaginer les musiques aller d’un blockbuster à un autre sans que cela se remarque.

Avec Zimmer, je peux passer d’un état d’admiration et de frissons, à l’ennui le plus total. Sa musique possède un charme indéniable, surtout pour ses compositions d’avant Batman. Certaines de ses musiques resteront gravées dans ma mémoire, comme la cavalcade infernale des gnous dans Le Roi Lion, le thème We are Free de Gladiator, le thème de Pirates des Caraïbes

Dans certaines de ses musiques, les mélodies sont simples, épiques, mais l’orchestration ne suit pas forcément, et on regrette qu’il ne pousse pas plus loin l’écriture. Le Zimmer des films d’action aime la musique brute, essentielle, où l’on exploite les sons pour une ambiance générale. C’est le cas par exemple du thème de Superman Man of Steel de Zack Snyder. On y trouve tous les ingrédients basiques du compositeur : une montée sonore progressive, des ostinatos rythmiques, des cuivres et des chœurs massifs, une grille harmonique simple, un thème basé sur 4 notes. Le Superman de Zimmer est plus sombre que celui de John Williams, lui plus héroïque. Entendons-nous bien, le thème est très beau, cela fonctionne avec l’ambiance du film, mais il n’y a pas de vraie surprise.

Avec l’arrivée de cette nouvelle vague de compositeurs « dans le style de Zimmer», je trouve dommageable de ne privilégier seulement que l’aspect sound design à base d’effets sans réelle originalité.

Voici une sélection de quelques compositions inspirées par son travail. Vous y trouverez dans l’ordre, les compositions de Steve Jablonsky (Battleship et Transformers), Ramin Djawadi (Clash of the Titans), et Patrick Doyle (Rise of the Planet of the Apes).

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On se rend compte à l’écoute des franches similitudes entre ces musiques et celles de Zimmer. Cela vient aussi du fait que ces compositeurs ont travaillé au studio Media Ventures.

À l’origine, la musique était là pour accompagner ce qu’il se passait à l’image, apporter du poids. La musique était presque un personnage à part entière. On se rappelle du leitmotiv simple mais diablement efficace du thème du requin dans Jaws (3 notes suffisantes pour créer l’angoisse). Malheureusement le compositeur n’est plus autant impliqué dans le processus créatif. Il reçoit un montage final avec des musiques temporaires, et il doit en peu de temps recréer des musiques dans le même esprit. Du coup, il opte pour la facilité et l’efficacité avec des musiques plus axées sur l’ambiance générale que l’on place en arrière-plan.

Que faut-il retenir de tout cela ? Que l’on soit adepte ou non de l’approche musicale d’Hans Zimmer, il est indéniable qu’il a eu un impact majeur sur la vision de la musique de films ces dernières années. Je ne suis pas forcément un adepte total de son style, mais je reconnais que sa musique s’adapte bien au style du blockbuster. Dans ce genre de film l’efficacité prime avant tout pour accompagner l’action. Ce qui est toutefois dommageable, c’est cette systématisation du style musicale, où chaque morceau adopte la même structure, parce que c’est tendance et grand public.

Encore une fois, ce n’est pas la faute des compositeurs, ces derniers ne sont qu’exécutants des volontés des producteurs qui cherchent la facilité. Il sait que ce style est impressionnant et accompagne sans soucis scènes de batailles et autres courses-poursuites.

Notre article touche presque à sa fin. D’abord, je vous propose une petite sélection musicale des plus beaux thèmes d’Hans Zimmer. Puis nous conclurons par une sélection d’autres compositeurs qui savent combiner recherche sonore et écriture musicale. J’espère avoir pu vous éclaire davantage sur les caractéristiques de ce style musical. Il reste encore bien de choses à découvrir dans la discographie de Zimmer et ses disciples. N’hésitez pas à aller faire vos propres découvertes, en discuter en commentaires. Dites moi aussi si vous êtes plutôt partisan d’une musique académique ou d’une approche sound-design !

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Au programme Harry Gregson-Williams (Metal Gear Solid, Narnia), Alexandre Desplat (Shape of Water), Abel Korzeniowski (Nocturnal Animals), Bear McCreary (Outlander), John Powell (Dragon), Michael Giacchino (War for the Planet of the Apes), et Ramin Djawadi (Warcraft).



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Sa musique est éclectique, c‘est ce qui rend ton article passionnant. Je ne suis pas fan des Blockbuster mais il faut avouer qu‘il a composé de magnifiques musiques de film ! C‘est tout pour moi et mes commentaires ennuyeux 😜. 😘😘😘