B.O. Classics #01 – 10 thèmes cultes à découvrir en hommage à Ennio Morricone

B.O. Classics #01 – 10 thèmes cultes à découvrir en hommage à Ennio Morricone

Le 6 juillet 2020, le monde du cinéma et celui de la musique pleuraient la disparition du Maestro italien Ennio Morricone, décédé à l’âge de 91 ans.

Compositeur aussi génial que prolifique (il contribua à la musique de plus de 500 films !), il est indissociable du réalisateur Sergio Leone (à l’instar de John Williams et Steven Spielberg, ou Danny Elfman et Tim Burton).

Ensemble, ils révolutionnèrent le genre du Western dès 1964, avec Pour une poignée de dollars. C’est le début d’une fructueuse collaboration, et Morricone composa la musique de tous les films de Sergio Leone : Et pour quelques dollards de plus, Le bon, la brute et le truand, Il était une fois dans l’Ouest, Il était une fois la Révolution et Il était une fois en Amérique. C’est la naissance du Western spaghetti (un terme que Morricone considérera toute sa vie comme péjoratif) : il se caractérise par une violence inédite, des gros plans, et des travellings d’une extrême lenteur. À cela, s’ajoute une musique aux sonorités classiques associée à des instruments originaux tels que la guitare électrique, le banjo, la guimbarde…

Le style Morricone est facilement identifiable : des mélodies simples, lyriques, une utilisation des choeurs et des voix solistes sans paroles, des leitmotivs instrumentaux représentant des personnages clés (l’harmonica pour le personnage de Charles Bronson dans Il était une fois dans l’Ouest, “Amapola”, le thème de Deborah dans Il était une fois en Amérique). À cela s’ajoutent des sonorités plus expérimentales comme des sifflements, des coups de fouet, le son des cloches, le cri du coyote…

Résumer la carrière du compositeur à ses seules compositions pour Sergio Leone serait réducteur, car elles ne sont qu’une infime partie de son travail. Le compositeur lui-même ne souhaite pas aborder le sujet lors de ses interviews. Parmi ses collaborations, Pasolini, Almodóvar, Argento, De Palma, Carpenter, et Tarantino, pour son film Les 8 Salopards qui vaudra à Ennio Morricone, l’Oscar de la Meilleure Musique de Film en 2016.

Dans une optique de découverte, il est temps à présent de rendre hommage au Maestro italien en vous présentant quelques-unes de ses compositions plus confidentielles mais toutes aussi sublimes (j’ai donc mis de côté les grands standards que vous retrouverez sur les différents articles hommages).

Peur sur la ville (Henri Verneuil – 1975)

L’ostinato du piano dans les graves, le thème sifflé puis repris à l’harmonica, la montée en tension progressive jusqu’au thème central dissonant joué également à l’harmonica, créent un malaise certain, et reflètent parfaitement la folie mentale du tueur psychopathe traqué par Jean-Paul Belmondo.

Maddalena (Jerry Kawalerowicz – 1971)

Chi Mai est certainement l’un des thèmes les plus connus du compositeur. Et pour cause, si ces notes vous sont familières c’est parce que 10 ans plus tard, Morricone fera un arrangement pour le film “Le Professionnel” de Georges Lautner. Le titre connaîtra un succès qui dépassera celui du film, et sera certifié Disque d’Or en 1981. N’oublions pas non plus la reprise dans la publicité de la marque “Royal Canin” à la fin des années 80 !

Concerto per Orchestra (1957)

Saviez-vous qu’Ennio Morricone avait également composé de la musique de concert ? Il faut savoir que le compositeur a suivi une formation de trompettiste, comme son père. À l’âge de 14 ans, il intègre l’Académie de Musique Sainte-Cécile de Rome et se tournera rapidement vers la composition. Bien qu’associé au monde du 7ème Art, il ne reniera pas ce qu’il appelle la “Musica assoluta”. Ses références musicales vont de Bach à Boulez, en passant par Stravinsky ou Monteverdi. Il composa ses premières pièces dès 1946, et en 1965, il intégra un groupe de musique expérimentale appelé “Nuova Consonanza”. L’expérimentation et l’innovation musicale sont au cœur des problématiques du Maestro.

Se Telefonando (Mina – 1966)

Morricone a toujours émis des réserves sur la musique pop, qu’il considère comme de la musique légère. Pourtant, au début de sa carrière, il s’est essayé au genre. Il composa ce tube pour la chanteuse italienne Mina. En 1974, il collabora aussi avec Mireille Mathieu pour un album composé de reprises de ses thèmes les plus connus.

La Cage aux folles (Edouard Molinaro – 1978)

Ennio Morricone nous livre une partition pleine de fraîcheur, à l’ambiance burlesque à l’image du film. Il composera également les bandes originales des 2 suites signées Edouard Molinaro (2ème opus) et Georges Lautner (3ème opus). Cette partition nous prouve que quel que soit le style pour lequel il compose, Morricone sait s’adapter au registre et manie les notes avec une grande aisance, tout en conservant son identité musicale.

La Bataille d’Alger (Gillo Pontecorvo – 1971)

Film phare du réalisateur, il met en scène la reconstitution de la bataille historique d’Alger durant la Guerre d’Algérie. Lion d’Or à la Mostra de Venise en 1966, il n’obtiendra un Visa d’exploitation en France qu’en 1971. Lors de sa sortie, plusieurs incidents eurent lieu : des salles de cinéma vandalisées, des copies du film détruites. Le thème d’Ali est le parfait exemple que la musique n’est pas seulement là pour accompagner les images d’un film, mais qu’elle est partie intégrante de l’atmosphère et de la narration. Jouée à la flûte arabe et aux cordes, cette ritournelle illustre parfaitement la période de troubles vécue en Algérie, ainsi que l’état d’esprit d’Ali la Pointe et de ses partisans luttant pour la liberté.

Le Clan des Siciliens (Henri Verneuil – 1969)

Dans ce thème, l’influence de la musique classique est bien présente. Morricone aime apporter des clins d’œil à ses compositeurs favoris dont Bach, utilisé dans ce morceau. Il superpose une première mélodie tirée du Prélude pour orgue BWV. 543 et une autre écrite d’après les lettres B-A-C-H correspondant aux notes Si bémol – La – Do et Si (comme a pu le faire Bach en son temps).

Cinema Paradiso (Giuseppe Tornatore – 1988)

Le film est une ode au milieu du cinéma, porté entre autres par Philippe Noiret. Le film reçut une miriade de prix dont le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 1989. La musique d’Ennio Morricone coécrite avec son fils Andrea, est renversante de lyrisme. Le thème final vient mettre en exergue l’émotion du personnage joué par Jacques Perrin, lorsqu’il découvre un montage de scènes de baisers mis bout à bout, et retirées des films à cause de la censure en Sicile dans les années 40.

Sacco e Vanzetti (Giuliano Montaldo – 1971)

Ennio Morricone est un compositeur engagé et il le prouve avec cette hommage aux deux anarchistes italiens Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, victimes d’un scandale judiciaire dans les années 1920 et condamnés à mort. Les paroles, écrites par Joan Baez, sont 4 vers répétés en boucle le long de la chanson, inspirés des mots de Vanzetti lors de son jugement. Ce morceau est devenu l’hymne des droits civiques dans les années 1970. Pour la bande originale du film, Morricone recevra un Ruban d’Argent en 1971.

Les 8 Salopards (Tarantino – 2016)

Après plus de 50 ans de carrière, c’est enfin la consécration pour Ennio Morricone, qui reçoit l‘Oscar de la meilleure musique de film. Le compositeur avait déjà reçu un Oscar d’honneur pour sa carrière, en 2007, et avait déjà été nommé 4 fois en vue de ce prix. Pour l’écriture de la musique, Morricone s’est inspiré de son travail réalisé en 1982 pour The Thing de John Carpenter. Le résultat est surprenant, et nous sommes bien loin des thèmes lyriques et autres mélodies de western. Ennio Morricone prouve qu’il est un grand compositeur capable de créer des ambiances ressemblant à nulle autre. Pour le film de Tarantino, Morricone livre une B.O. pesante, noire, collant parfaitement à l’ambiance du film.

J’espère que cette sélection vous donnera envie d’explorer le vaste univers musical d’Ennio Morricone, car comme je l’ai dit au début, celui-ci a contribué aux bandes originales de plus de 500 films. Il m’est donc impossible de tout citer. Néanmoins, cette playlist constitue une première approche de son travail, vous présentant la diversité musicale dont le Maestro a fait preuve au cours de sa carrière. N’hésitez pas à me dire en commentaires quelles sont vos musiques favorites d’Ennio Morricone, je serai ravi d’échanger à ce propos !



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