B.O. Classics #02 – Basil Poledouris : Un univers épique en 10 musiques

B.O. Classics #02 – Basil Poledouris : Un univers épique en 10 musiques

Pour ce 2ème volet de B.O. Classics, je vous propose de partir à la découverte du compositeur américain d’origine grecque, Basil Poledouris (de son nom d’origine grecque, Basilis Konstantine Poledouris).

S’il n’a pas la renommée d’un John Williams, James Horner, ou Danny Elfman, ce compositeur quelque peu oublié de nos jours, a pourtant beaucoup contribué à l’univers du 7ème art. Entre nanars et films épiques, voici une sélection de 10 musiques résumant la carrière musicale du compositeur.

Le Lagon Bleu (Randal Kleiser – 1980)

Dès son plus jeune âge, Basil Poledouris a été initié à la musique, par l’apprentissage du piano. Au cours de ses études, il se tournera vers le cinéma qu’il considère comme un moyen de révolutionner la musique. Au cours de ses études, il fera des rencontres décisives pour sa carrière, particulièrement John Milius dont nous parlerons juste après, et Randal Kleiser.

En 1980, 2 ans après Grease, resté à ce jour son film le plus mémorable, Kleiser réalise Le Lagon Bleu, d’après un roman anglais du début du 20ème siècle. L’histoire met en scène 2 enfants ayant échoué sur une île déserte suite à un naufrage, grandissant ensemble, jusqu’à la naissance de sentiments amoureux.

Poledouris magnifie cette romance sans tomber dans la niaiserie. Musique narrative, délicate, romantique, le compositeur nous charme de ses notes d’une fraîcheur toute juvénile à l’image des personnages du film. Le duo collaborera 2 autres fois, notamment en 1991 pour le film Croc Blanc.

Conan le Barbare (John Milius – 1982)

Comme je vous l’évoquais précédemment, la rencontre avec John Milius fait partie des plus décisives de la carrière du compositeur. Tout commença en 1970, au cours de leurs études, où Basil Poledouris composa pour Milius, la musique de son court-métrage de fin d’année : The Reversal of Richard Sun.

En 1982, leur duo atteint son paroxysme, avec Conan le Barbare (avec pour héros le futur Terminator, alias Arnold Schwarzenegger), film culte des années 80, pièce maîtresse du cinéma et de l’univers Heroic Fantasy.

La partition, épique à souhait, traduit à merveille les thématiques du film : secrets de l’acier, mort, renaissance (des motifs mélodiques et rythmiques semblables à ce que l’on pourrait entendre dans un opéra wagnérien).

Le morceau Riders of Doom, accompagnant le massacre du village de Conan par les armées de Thulsa Doom, résume parfaitement le caractère opératique de la musique de Poledouris.

La Chair et le Sang (Paul Verhoeven – 1985)

Encore un réalisateur qui a eu un impact sur la carrière de Poledouris ! Ce film est le fruit de la première collaboration avec le réalisateur néerlandais, et est un succès immédiat. L’univers du film et la musique associée font inévitablement écho à Conan. Les contrées antiques laissent place à un univers médiéval, avec tout autant de fureur guerrière.

Le compositeur transcrit cette ambiance dans sa composition, à la puissance orchestrale évocatrice, même s’il sait faire preuve aussi de lyrisme (ces mélodies aux cordes !) et de légèreté, sans tomber dans l’excès (les cuivres massifs laissent place à la fragilité et la douceur des clarinettes, hautbois, flûtes).

RoboCop (Paul Verhoeven – 1987)

2 ans plus tard, nouveau succès, peut-être le plus significatif du duo Verhoeven/Poledouris. Le spectateur est plongé dans un monde dystopique, dans la ville de Detroit où la violence est reine. Après un moment de réflexion sur l’orientation musicale à prendre, il sera décidé d’allier des éléments électroniques à de la musique orchestrale, le tout mixé en live.

Quelques mois avant sa mort, Poledouris déclara : « RoboCop est l’un des scores les plus difficiles qu’il m’ait été donné d’écrire, Starship Troopers également. Et je pense que chacun de ces scores est unique. »

La violence est omniprésente tout au long du film, sentiment renforcé par la musique. Le thème est caractérisé par les coups massifs assénés d’emblée par les cuivres et les percussions jusqu’à leur résolution laissant place à un thème héroïque comme Poledouris sait si bien les écrire. Cette première partie aux sonorités électroniques fait écho à la transformation d’Alex Murphy en cyber soldat avide de vengeance. Quant au thème orchestral, il met en lumière la part d’humanité qu’il reste à RoboCop.

Avec ce thème, Poledouris nous offre un hymne épique, sombre et futuriste.

L’Adieu au Roi (John Milius – 1989)

C’est encore une collaboration réussie entre Milius et Poledouris avec ce film, dans lequel un déserteur de la 2nde Guerre mondiale se voit devenir chef d’une tribu indigène de Bornéo. Rejoint par 2 officiers anglais, parachutés dans l’espoir de trouver de l’aide contre l’armée japonaise, ils vont devoir lutter pour leur survie avec l’aide de la tribu.

L’exotisme de certaines mélodies jouées à la flûte de pan, côtoie le lyrisme des cordes évoquant les grandes étendues de paysages, les chevauchées, le sentiment de liberté. À cela s’ajoutent des sonorités anglaises, marquant les origines des personnages.

Lonesome Dove (Simon Wincer – 1989)

Poledouris n’en est pas à son premier coup d’essai pour la télévision, et a déjà composé des musiques de téléfilms depuis les années 70. Il contribua aussi à quelques séries, dont celle-ci en 4 épisodes, au casting 5 étoiles (Tommy Lee Jones, Robert Duvall, Danny Glover, pour ne citer qu’eux).

Western très bien reçu par la critique, il sera récompensé de 7 Emmy Awards l’année de sa diffusion (sur 19 nominations), dont celui de la meilleure musique.

Le compositeur possède ce savoir-faire pour dépeindre des atmosphères en musique, permettant de nous offrir de magnifiques moments empreints de lyrisme. Le thème principal évoque cet Ouest Américain, aux étendues sauvages, dangereuses, mais hypnotiques.

À la poursuite d’Octobre Rouge (John McTiernan1990)

Pour ce spécialiste du film d’action (Die Hard 1 & 3, Predator, Last Action Hero), il était impensable de passer à côté du spécialiste musical de ce genre cinématographique.

Adaptation du roman de Tom Clancy, avec en premiers rôles, Sean Connery, Alec Baldwin, Sam Neil…, Poledouris va faire la part belle aux sonorités russes. En ouverture, il nous offre un hymne patriotique à la grandeur et la puissance qui n’ont rien à envier aux chants latins de Conan.

La partition dans son ensemble est typique des musiques des thrillers des années 80, et Poledouris met à profit son goût pour l’expérimentale entre musique électronique et orchestrale (comme RoboCop). Ce chœur d’entrée est à la fois une référence au nom du sous-marin et un hommage dans sa forme à la Mère Patrie Soviétique et un pan important de son Histoire : les Révolutions d’Octobre.

Sauvez Willy (Simon Wincer1993)

Film d’aventure, grand classique familial et ode à l’amitié entre un jeune garçon et un orque en captivité dans lequel il voit un alter-ego, Sauvez Willy fleure bon la nostalgie pour toute une génération d’enfants nés comme moi dans les années 80 – début des années 90.

L’orque Keiko, véritable vedette du film a suscité une grande vague d’émotion et d’indignation de la part du public lorsqu’il s’est rendu compte des conditions misérables dans lequel il vivait (une petite piscine d’un parc d’attraction de Mexico), entraînant un déclin flagrant de sa santé. Très vite des fonds ont été levés, une association mobilisée pour rendre sa liberté à l’animal (une fin qu’il connaîtra comme dans le film).

Pour la bande originale du film, Poledouris continue dans la lignée de ce qu’il sait faire. On reconnaît les sonorités de ses précédentes compositions, mais il le fait toujours aussi bien. Le thème est une ode à l’amitié, et accompagne avec beaucoup de justesse cette aventure maritime, pour “Sauver Willy !”.

Terrain Miné (Steven Seagal1994)

Le parcours de Basil Poledouris n’est pas seulement composé de films à succès, et comme tout compositeur, comporte aussi quelques navets à son actif. C’est le cas de ce film réalisé par Steven Seagal, qui reçut le Razzie Award du pire réalisateur.

S’il délaisse l’aspect orchestral au profil de la musique électronique, on reconnaît quand même immédiatement son style martial percussif, et son goût pour la puissance épique des cuivres. C’est une partition peu conventionnelle que le compositeur nous laisse entendre, avec ses sonorités très marquées téléfilms d’action et d’arts martiaux de l’époque, mais collant parfaitement à l’ambiance très kitsch du film.

Starship Troopers (Paul Verhoeven1997)

Ultime collaboration entre Verhoeven et Poledouris, Starship Troopers est pour moi son oeuvre la plus réussie (avec Conan), car elle est la synthèse absolue de son savoir-faire. Verhoeven reste dans une fibre science-fiction mais quitte l’ambiance dystopique de Detroit pour le space-opera, pamphet contre l’impérialisme américain.

Rythmes martiaux, sonorités dantesques des cuivres alternant avec des passages d’une beauté lyrique, sonorités futuristes… tout y est, et Poledouris confirme son statut de maître de la musique épique.

Le morceau « Klendathu Drop » est le plus mémorable, et accompagne l’arrivée de l’armée sur la planète Klendathu où se trouvent les arachnides qui veulent détruire la Terre. On y sent le frisson de l’action, le débarquement des soldats, le patriotisme américain, la détermination à combattre le mal. Un must à écouter !

La dernière composition de Basil Poledouris date de 2002, où il travailla pour un film Hongkongais de Peter Pau, Le Talisman. On lui diagnostique un cancer qui le contraint à ralentir sa cadence de travail. Quelques mois avant sa mort en 2006, il eut l’honneur de diriger une dernière fois la musique de Conan, pour le Festival de musique de films d’Úbeda.

Cette mort prématurée a certainement empêché l’artiste de connaître la reconnaissance de sa carrière, et pourtant, ce spécialiste du film d’aventure et de science-fiction nous a livré quelques chefs-d’œuvre magistraux qui marqueront à jamais de son empreinte, l’histoire du cinéma et de la musique.



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